Luna Invicta - Episode 15
Cet été FibreTigre vous propose un voyage quotidien, dont voici l'épisode 15.
Luna Invicta, 15. J'imagine que peu d'entre vous ont déjà plongé dans la Seine en pleine nuit. Quelle sensation ? Alors, c'est très froid, même si on était une période chaude.
C'est pas tout à fait mouillé. Il y a aussi un peu d'autre chose que de l'eau. C'est-à-dire qu'il y a une minuscule couche d'huile. Ça sent un tout petit peu.
Et il y a un courant fort, vraiment fort, des petites vagues plutôt au sommet et plutôt fort en dessous. J'ai pas osé ouvrir les yeux, je vous avoue. De toute façon, j'aurais rien vu. Il y a des choses solides dans la Seine qui se trimballent.
J'espère que c'était des bouts de bois. Et quoi vous dire d'autre ? J'ai l'impression qu'on y coule plus facilement que dans un autre endroit. En tout cas, j'ai sauté derrière cette personne et j'avais un plan très simple qui était je descends là où il était.
Je bats des mains, j'essaie de le trouver. Effectivement, je la grippe. Je la grippe. Il se laisse couler, le gars.
Il a vraiment envie d'en finir. J'essaie de le remonter. Je nage plutôt bien. J'avoue que peut-être qu'il a envie de survivre.
Donc, il remonte un petit peu avec moi. Et il s'est passé quelque chose. J'ai eu très, très mal à l'intérieur du corps, du torse. Vraiment, j'avais vraiment très, très mal.
J'avais l'impression que la... L'eau m'écrasait et j'ai perdu connaissance. J'ai perdu connaissance complètement. Une syncope ou je ne sais pas quoi.
En tout cas, je n'étais plus là. Et je me suis réveillé que bien plus tard dans un lit d'hôpital. Entre le moment où je me suis endormi, on va dire dans l'eau, de cette même façon, je pense que j'ai fait un choc thermique, etc. On est sur le point de le savoir.
Mais en tout cas, entre ce moment-là et le moment où je me suis réveillé. Et j'étais tout propre et j'avais mal un peu partout. J'ai fait un rêve. Cette fois-ci, un beau rêve.
J'étais... Comment dire ? Je marchais sous l'eau, mais l'eau était un peu plus transparente. Et je voyais des étoiles un peu partout autour de moi.
Des étoiles brillantes dans le ciel, mais aussi dans l'eau. Je marchais sur une sorte de petit chemin. Comment dire ? Comme si il y avait une petite bosse de boue sous l'eau.
Il n'y avait pas d'algues, il n'y avait pas de poissons. Et en fait, devant moi, il y avait un rocher. Et sur ce rocher, il y avait une coupe. Comme le Saint Graal, exactement.
Comme toutes ces choses, toutes ces symboliques arthuriennes qu'on voit même dans Dark Souls. C'était le Saint Graal. Et donc, il était lumineux, je m'en suis approché. C'était un très très long rêve.
Parce que je n'arrêtais pas. Je n'arrêtais pas de m'en approcher. Et c'était devenu de plus en plus lent au fur et à mesure que je m'en approchais. Et finalement, je me suis réveillé dans cet hôpital avec une grande luminosité.
C'était le matin. Des heures et des heures étaient passées. Des gens étaient contents. Alors, j'avais des aiguilles plantées dans le dos de la main.
J'avais une perfusion. Et j'étais KO. J'étais un peu seul. J'étais paniqué.
Et une infirmière est venue. Elle m'a dit, comment ça va ? Donc, j'ai appelé. Il y a une infirmière qui est venue me voir.
Elle m'a dit, comment ça va ? Je lui ai dit, je suis où ? Et elle m'a dit, vous êtes à l'hôpital. D'après vous, vous faites quoi ?
Mais j'ai l'impression que ça va bien. C'est quoi la dernière chose dont vous vous souvenez ? Et je lui ai dit, j'ai un peu honte. Mais je crois que j'ai sauté dans la scène.
Mais je n'ai pas voulu me tuer. J'ai voulu sauver un gars qui voulait se tuer. Elle m'a dit, c'est vrai. Vous l'avez fait.
C'était très courageux. Mais ce n'est pas ça qu'il faut faire, monsieur. Il faut appeler la police. Vous savez, ils ont une police de la rivière.
Et ils viennent vous chercher. Ou vous appelez les pompiers. Mais il ne faut pas le faire. Parce que là, on a failli avoir deux morts.
En fait, on a failli en avoir trois. Alors, j'ai dit, trois ? Il dit, oui, votre ami, il a essayé de vous sauver. Parce que vous ne vous remontiez pas.
Et j'ai dit, je ne sais pas ce qui s'est passé. Je me suis noyé. Elle m'a dit, sinon vous seriez mort. Mais il s'est passé autre chose.
Je vais appeler le médecin. Le médecin va venir. Alors, on va prendre le temps. Il a occupé le médecin.
Mais il va venir. Et il va vous expliquer un peu ce qui vous est arrivé. Donc, je souffle un peu. Je m'aperçois que je n'ai pas mes affaires.
Alors, je lui dis, mon téléphone, tout ça. Elle me dit, ce n'est pas votre problème. Pour l'instant, il faut vous reposer. C'est très important.
Et c'était assez facile comme instruction. Je ne sais pas si... Je sais que j'ai été opéré de l'appendicite quand j'étais petit. Et c'était très énervant.
C'était très énervant pour moi quand on me disait, il faut se reposer. Parce que je m'ennuyais. Je veux dire, il y avait la télévision. Mais c'est nul, la télévision.
OK, à un moment, on m'a apporté une Game Boy. Mais voilà, on en fait vite le tour. Les livres, c'est pareil. Et on s'ennuie ferme.
Il y a vraiment un endroit qui est dur à supporter. C'est l'hôpital. Mais là, j'étais passé dans la vie adulte avec plein de soucis qui nous épuisent tout le temps. Elle m'a dit, il faut vous reposer.
J'ai fermé les yeux. Et quand je me suis réveillé, j'avais très envie de faire pipi. Donc, si j'avais par la fenêtre une sorte de luminosité matinale, là, j'avais une luminosité du soir. Donc, je me lève difficilement.
Je vais faire pipi. Je reviens. Et en fait, quand je me lève, il y a une sorte de dispositif qui fait que l'infirmière arrive. Elle me recouche.
J'ai eu le temps de faire pipi entre-temps. Alors, j'ai dû me déplacer avec la perfum. Et je me remets au lit. Et je lui ai dit, vous ne payez pas un Coca-Cola pour moi ?
Elle m'a dit, non. Par contre, le médecin est arrivé. Le médecin est arrivé. Un gars précoce.
Pressé, gentil, jeune. Il me dit, comment ça va ? Je dis, écoutez, moi, j'aimerais bien être de retour chez moi ce soir. Il m'a dit, ce ne sera pas possible.
Alors, je dis, mais attendez. Moi, je vais bien. Il dit, non, vous n'allez pas bien. Alors, expliquez-moi.
Alors, vous avez sauté dans l'eau. Et je ne vais pas vous parler de tout ça parce que vous avez un ami. C'est ça qui s'appelle David. Il vous expliquera un petit peu ce qui s'est passé.
Je n'ai pas trop le temps d'aller là-dessus. Mais ce qui s'est passé, c'est que sous l'eau, vous avez fait une crise cardiaque. Alors, pas tout à fait une crise cardiaque. Votre cœur s'est arrêté.
C'est légèrement différent. Et on a fait quelques tests. On a fait également une petite analyse. Et il se trouve que vous avez un syndrome très rare.
Ça arrive à une personne sur 5 millions environ. Mais en fait, vous avez un syndrome. Donc, à mon avis, c'est aussi passé dans votre famille. Est-ce que vous avez des gens dans votre famille ?
Votre grand-père, arrière-grand-père, peut-être vos parents ? Est-ce que quelqu'un a fait un arrêt cardiaque ? J'ai dit, ben oui, c'est ce qui est arrivé à mon père. Et vraiment, tout d'un coup, j'ai un poids sur le cœur.
J'ai dit, oui, c'est arrivé à mon père. Il dit, ben voilà, en fait, ce qui se passe, c'est que vous avez une malformation cardiaque qui est très difficile à traiter. Ce n'est pas un truc courant. Du coup, il n'y a pas vraiment de traitement.
Et votre père l'avait. Il est possible que votre grand-père l'avait aussi, etc. Et vous avez une épée de Damoclès. C'est-à-dire que, je ne dis pas que votre cœur peut s'arrêter ce soir, mais si, effectivement, vous vous mettez à courir comme un fou ou vous mettez à faire de l'haltérophilie à partir de rien, en fait, si vous soumettez...
Si vous mettez votre cœur à un stress très rapide, très subi d'un seul coup, vous favorisez les chances que votre cœur s'arrête. Mais votre cœur peut s'arrêter à tout moment. Donc, il va falloir changer des choses dans votre vie. Il y a des pseudo-traitements, des choses qui vont diminuer les chances que ça arrive, mais...
Mais voilà, l'épée de Damoclès, elle existe vraiment. Je préfère vous le dire, et voilà. Mais il y a des gens qui vivent toute leur vie, qui meurent de leur belle mort avec. Après, c'est une maladie très, très peu documentée.
On la voit sur la radio. Alors, il me montre une radio qui s'est faite de moi quand j'étais en train de dormir, ou je ne sais pas quoi. Et... Ce n'était pas une radio, c'était un truc...
Je ne sais pas, un truc... Enfin, une image... Ce n'était pas en noir et blanc, quoi. Oui, bon.
Et... Et... Et... Il me montre un truc, je ne vois rien, je ne comprends rien.
Donc, on va vous préparer des ordonnances, tout ça. On va vous mettre en observation une dizaine de jours. Moi, dans ma tête, c'est tout de suite, ben non, je ne peux pas, parce que lundi, il faut absolument que je revienne au travail. Et il me dit...
Il faut... Oui, il va falloir que vous appreniez à vivre détendu, et que vous fassiez des professions détendues, où il y a un effort, mais progressif, qui peut se faire. Fini les professions... Les professions physiques, ou intenses, ou...
Voilà, ou stress. Si vous n'êtes pas dans l'armée, monsieur, je dis, non, mais... Voilà, ça, c'est très bien. Je n'ai pas trop le temps ce soir, me dit-il.
Je vais faire un petit tour. Je... Des patients, je reviens demain pour refaire un point avec vous. Vous vous reposez, tranquillement.
Alors, je dis... Excusez-moi, docteur, mais en fait, lundi, je dois être sur le chantier. Il me dit, ben non. Avec un sourire, il referme la porte.
Ok. Alors, je réfléchis un petit peu, ça tourne un peu dans ma tête. Et puis, en fait, il y a plein d'informations, et je me rendors très rapidement. Je me rendors, et je ne sais pas si dans la perf, il y a de quoi me calmer ou m'endormir, mais je me réveille le lendemain matin, assez tôt.
Alors, vous savez, je ne sais pas, toutes les 5-7 heures, il y a une meuf qui vient, elle me prend l'attention, je ne sais pas ce qu'elle fait, elle rigole un peu. Enfin, je lui pose des questions, je lui dis, ah, vous me réveillez, et tout. Elle me dit, ben oui, c'est la vie. J'ai dit, mais vous savez, le médecin, il a dit, il ne faut pas me réveiller trop.
Alors, j'essaie de lui dire, vous n'avez pas, genre, un bon petit truc à manger, même juste des frites, parce que là, j'en peux plus, les coquillers de jambon, les repas d'hôpitaux, c'est affreux. C'est abominable, compote, coquillers de jambon, j'en pouvais plus. On a un peu rigolé. Et il y a un truc qui est rigolo, c'est qu'elle m'a dit, elle me dit à chaque fois, sur une échelle de 1 à 10, sachant que 1, vous n'avez pas eu de tout mal, et 10, c'est une souffrance.
C'est insupportable. C'est quoi, votre souffrance ? Et je lui ai dit, vous savez, en ce moment, je subis un ennui affreux et je suis loin de la bonne nourriture. Et pour moi, c'était vraiment terrible.
Elle m'a dit, donc, 1. En tout cas, le lendemain matin, j'ai eu des petites surprises. J'ai eu des visites. Donc, ma première visite, parce qu'en fait, il faut que je vous raconte plusieurs choses que j'apprends par la suite.
Mais ce qui s'est passé, c'est que quand... Je vous le dirai tout à l'heure. En gros, j'ai eu Sophia qui est passée avec des fleurs, très sympa. Je dis, merci, ça me fait très plaisir.
J'aurais préféré que tu ramènes des frites. Ce qui l'a fait rire. Elle a dit, alors Alexis, t'as sauté pour... T'as sauté dans la scène pour sauver un gars, c'est ça ?
J'ai dit, oui. Et il est où, ce gars ? J'ai dit, je sais pas. J'ai pas le droit de parler à personne et j'ai même pas mon téléphone portable.
Elle dit, c'est Dave qui a récupéré ton téléphone portable. Il a envoyé à tout le monde que t'étais dans l'hôpital. Donc, tu vas avoir pas mal de visites. Et effectivement, j'ai eu des tas de visites dans la journée.
J'ai eu Sophia qui, vraiment, était très, très sympa. On sort pas ensemble, mais elle s'occupait de moi comme si on sortait ensemble. Elle a pris le temps, alors que je sais qu'elle a des soucis. Donc, ça, c'était vraiment chouette.
Ensuite, j'ai eu, vraiment, ultra sympa, Sam qui est passé. Il avait une grosse mallette. J'ai dit, Sam, comment ça va ? Et la première chose qu'il me dit, c'est, il me dit, est-ce que t'es allé à la BNF récupérer le bouquin sur l'incident de 1937 ?
J'ai dit, non ! Il me dit, c'est vraiment la seule question. Je lui dis, c'est vraiment le seul truc que t'as à me dire. Il me dit, ouais, écoute, c'est important.
Parce que là, tu vois, t'as failli mourir et t'as pas pu accomplir ton destin. Et c'est vachement important. Bon, et je dis, Elsie Narcos, ça avance ? Il me dit, oui, ça avance, ça avance.
Je travaille dessus. Il met la mallette sur le lit. Il l'ouvre. C'est vraiment une grosse mallette sécurisée et tout.
Il l'ouvre, genre, avec un air ultra sérieux. Quand il ouvre la mallette, je sais ce qu'il y a dedans, sans même le voir, tu vois. Et ça me fait trop, trop plaisir. Et c'est trop bizarre.
Il fait genre le mystère. Et quand il retourne la mallette, il y a quoi dedans ? Une pizza toute chaude. Et donc, c'est trop bien.
Et on mange la pizza ensemble. Et il me dit, écoute, tu sais, moi, j'ai pas beaucoup d'amis. Et ils sont tous bizarres. Enfin, tu sais, moi, comme je fais des recherches un petit peu parallèles, les gens qui s'intéressent à moi, c'est surtout des fous qui pensent que genre, il y a des Illuminati ou que la terre est plate.
Donc, il faut vraiment que tu tiennes le coup. Parce que si t'es plus là, moi, je vais être tout seul, tu vois. Je dis, t'inquiète, tu mourras avant moi. Et donc, on a mangé ensemble cette pizza qui était totalement interdite à amener dans l'hôpital.
Mais on était très contents. Et après, il m'a dit, mais surtout, va à la BNF, prends le lit de 1937. J'ai dit, oui ! Et enfin, j'ai...
Alors que c'était l'infirmière qui prenait mes constantes, c'était en début d'après-midi, il y a Marie qui est passée. Donc, toujours avec sa petite veste, un petit côté toujours aventurière, prêt à partir et tout, avec son petit sourire. Elle me dit, toujours dans les pires aventures. Alors, je dis, non, mais vraiment, tout ceci, c'est...
Mais j'étais content. En fait, j'ai dit, Marie, je suis content de te voir parce que t'es pas la première à venir me voir. Et je m'aperçois que je suis pas tout de suite. Je suis pas tout seul dans la vie.
Même si je suis entouré de gens un petit peu bizarres. Elle me dit, ah bon, moi, je suis bizarre. Alors que toi, on reparle encore de Marseille ou pas ? Alors, j'ai dit, tu...
Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? Parce que là, je me suis rappelé les infos que j'ai pas vues. Elle me dit, tu le sauras bien assez tôt. Et...
Donc, elle m'a dit... Elle était au bout de mon lit alors que l'infirmière passait. L'infirmière, elle disait, vous êtes la madame de monsieur. Alors, elle dit, je ne sais pas trop.
Elle a dit... Et Marie m'a dit, bon, on avait dit qu'on se verrait quand t'aurais eu l'argent. Mais dès que tu vas mieux, tu m'appelles. Et puis, on se fait un resto.
Et puis, on partage l'addition pour le coup. J'ai dit, oui, oui. Et quand l'infirmière est partie, j'ai dit à Marie. Marie, elle est partie.
J'ai dit, approche-toi. Alors, j'ai dit, t'as pas un truc pour me faire sortir d'ici ? Parce que le médecin, il veut que je reste genre 10 jours ou je sais pas quoi. Et moi, en fait, je dois absolument aller au travail.
Alors, elle me dit, qu'est-ce que tu... Faites les couilles avec ton travail. Tu vas bientôt avoir ton assurance vie. Et tu vas pouvoir être en vacances pendant quelques années.
Tu vois ce que je veux dire ? Et puis, tu peux même trouver un autre travail, peut-être plus sympa. Je dis, ouais, d'accord. Mais on sait pas.
Pour l'instant, je l'ai pas. Donc, c'est quand même important. Et puis, ce week-end, je dois être à Lyon. Elle m'a dit, ah bon, tu dois être à Lyon.
Tu vas tuer des gens, peut-être. Aller dans un... Comment ça s'appelle ? Peut-être dans un club de combat MMA secret.
C'est ça, à Lyon ? Alors, j'ai dit, pas du tout. Je vais voir mon frère, figure-toi. Ah, frère, c'est intéressant, ça.
Et elle me fait un clin d'œil. Elle me dit, tu restes au lit. Prends soin de toi. Écoute le médecin.
Il y a des gens qui t'aiment. Et en milieu d'après-midi, Dave est passé. Et alors, il était à la fois content et en colère. C'est vrai que ce regard de...
En fait, déjà, il arrive. Et il a, tout comme moi, l'espèce de blouse vachement humiliante, ouverte sur derrière, où on voit nos fesses. Il s'était aussi échappé de sa chambre. Il tape dans sa main et il glisse, hop, sur le lino de l'hôpital.
Et il dit, et alors ? Alors ? On oublie le plan ? Et il me dit, Alexis, les millions, on les avait dans nos mains.
Et là, je repense au Pikachu des offres. On les avait dans nos mains. Qu'est-ce que tu nous as fait ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
Et ce qu'il ne m'a pas dit, et que j'ai appris ensuite, c'est qu'en fait... Voilà. Pour comprendre bien son état d'esprit, c'est que j'ai sauté pour sauver le gars qu'on ne connaît pas encore, qui s'appelle Léonard, mais on ne le connaissait pas, pour sauver Léonard. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que j'ai sauté dans l'eau.
Et lui, il m'a couru après. Et pendant que j'étais en train de couler, il m'a traité, il m'a dit, espèce de con, c'est moi qui devais sauter dans l'eau, c'est moi qui devais mourir. On allait gagner de l'argent avec nos toiles. Et en fait, il a en gros tout raconté, tout son plan, alors que c'était...
Le téléphone était tombé et on ne voyait plus du tout la scène. Il aurait pu d'ailleurs dire qu'il s'était suscité, mais il a tout balancé comme un connard. Donc du coup, les gens étaient au courant. Et il s'en est aperçu, il a pris son téléphone.
Et vraiment, il est devenu tout blanc. Et à un moment, il dit, putain, mais il ne remonte pas, parce que j'ai vu la scène sur Instagram ensuite. Il ne remonte pas, ce con. Et quand il a vu que je ne remontais pas au bout de 30 secondes, il a aussi plongé et il nous a sauvés tous les deux.
Et il en était un peu fier. Il a dit, tu m'en dois une. En fait, tu m'en dois plein. Tu me dois 10 millions et tu me dois ta vie.
Je dis, écoute, j'ai... OK, c'est noté, mais je ne peux pas faire grand-chose. Et il dit, bon, lève-toi. Alors, tu sais, le médecin, il ne doit pas...
Il m'a dit, il ne faut pas trop bouger. Il dit, tu sais quoi ? On t'a sauté dans l'eau à cause d'un connard qui s'appelle Léonard. Et en plus, ce n'est pas un mec qui se suicide sous le train à Aubervilliers.
C'est un mec qui s'est suicidé en face de l'île Saint-Louis. Donc, ça va être un gros Richard. Donc, comme on lui a sauvé la vie, et qu'il doit être surtout très content d'être en vie, on va aller le voir et on va lui dire qu'il nous doit des millions. D'accord ?
Alors, je me lève difficilement. On se fait d'abord intercepter par l'infirmière qui dit, hop, hop, hop, vous retournez dans vos chambres, etc. Mais Dave revient un peu plus tard. Il a embobiné je ne sais pas qui.
Il a mis quelqu'un à sa place dans le lit ou je ne sais quoi. Donc, on retourne voir et on arrive, on ouvre quelques chambres. Et finalement, on trouve la chambre. C'est la chambre de Léonard.
Qui a une chambre privée, effectivement, qui a l'air d'être un petit peu riche. Qui est un gars qui a 40 ans. Et qui, comme on le retrouve, il est 22h. Je pense qu'il est un petit peu inquiet de voir tout d'un coup la lumière s'allumer.
Et deux gars qui le regardent en blouse. Alors que moi, je suis là, j'essaie de comprendre qui il est. Et Dave qui le regarde, genre, il va l'étrangler, tu vois. Et donc, on lui explique, on lui dit, gars, t'as sauté d'un pont.
Lui, il t'a sauvé, il a failli mourir. Et moi, j'ai dû sauter pour vous sauver tous les deux. Maintenant, tu nous racontes pourquoi tu voulais te tuer. Et j'espère que tu as une bonne raison.
Et là, il nous dit, bien sûr que j'ai une bonne raison. Figurez-vous que je suis immortel. Et qu'il était impossible, absolument impossible que je meure. Alors, il y a Dave qui dit, ah bon ?
Un peu comme ça, il est vachement crédule. Il dit, ah bon ? Il dit, oui, oui. Je savais que je n'allais pas mourir ce jour-là.
Donc, voulant essayer de voir si c'était vraiment vrai, j'ai essayé de me tuer. Et vous voyez, je suis en vie. Vous m'avez sauvé. Alors, on lui dit, non, mais gars, on était là complètement par hasard pour une autre raison.
Et ça n'a rien à voir. Et il dit, je vais vous dire quelque chose. Moi, je suis un philosophe. C'est mon métier, philosophe.
Et j'ai eu la preuve scientifique. Que notre destin ne nous appartenait pas. J'ai eu la preuve scientifique que notre destin, il était lié. C'est-à-dire que je ne peux pas vous raconter tous les détails.
Et je savais que, genre, dans deux, trois ans, je serai encore en vie. Et vous voyez, si je vous dis que vous êtes en vie dans deux, trois ans, ça peut être une bonne nouvelle. Mais pour moi, philosophe, c'est une immense angoisse. Parce que plus que la vie, j'ai quelque chose que j'aime plus que la vie, c'est que j'aime la liberté.
Et je n'ai, comment dire, si je suis assuré d'être en vie dans deux, trois ans, ça veut dire que si je décide de me suicider, je n'y arriverai pas. Alors là, il y a Dave qui dit, si tu veux, moi, je peux te tuer tout de suite. Mais par contre, tu as de l'argent à me donner. Et le mec, il le regarde, le nardre dans les yeux, il dit, non, vous ne pourrez pas me tuer.
J'ai la preuve formelle que dans deux, trois ans, je serai encore en vie. Et vous ne pourrez pas me tuer parce que je suis... En tout cas, jusqu'à deux, trois ans, je suis sûr d'être en vie. Donc, quoi que...
Quoi que... Quoi que... Quoi que... Quoi que vous fassiez, on peut être sûr qu'il n'y aura pas de bombe nucléaire qui va nous tomber dessus, que je ne vais pas être fusillé, je ne vais pas être envoyé à la guerre, que je ne vais pas être poignardé, et que toutes les fois où je vais essayer de me suicider, soit je vais me rater, soit il y a des espèces de pauvres cloches comme vous qui vont se retrouver là et qui vont essayer de me sauver.
Donc, je suis prisonnier, je suis dans une tragédie. Et je vais même vous dire quelque chose, j'ai une sorte de vie d'existentiel, c'est-à-dire je me demande si je vous parle vraiment. Alors, je vous parle. Je me demande si je suis conscient.
Enfin, comment dire ? Vous avez l'impression de vous dire que vous êtes conscient. Vous levez le matin et de faire des choix, de prendre des Chocapic plutôt que des Mielpops. Mais en fait, si ça se trouve, c'est quelqu'un d'autre avec qui vous ne pouvez pas parler, qui est dans votre corps, qui prend toutes ces décisions.
Et vous, vous voyez que vous prenez le paquet de Chocapic et vous dites « Waouh, j'ai pris le paquet de Chocapic ». C'est-à-dire qu'aucune de vos décisions ne vous appartient. Et je suis en train de vous dire, je suis absolument sérieux, j'ai la preuve scientifique de tout ça, que nous sommes prisonniers de notre destin. Et je suis prisonnier du fait de rester en vie quoi qu'il arrive.
J'ai fait une expérience, elle a été brillamment conclue. Ce à quoi je lui dis « Vous savez, il y a plein de gens qui essayent de se suicider, ils se ratent. C'est une question de statistique aussi, peut-être qu'il faudrait réessayer plein de fois. » Alors, il y a Dave qui dit « Mais arrête, pourquoi tu dis ça ? » Et Dave dit « Vous êtes riche ? » Et là, il dit « Pas du tout. Et merde !
Mais vous n'avez pas un petit peu d'argent quand même ? » Il dit « Non, non, par contre, je ne sais pas, je peux vous faire visiter mes locaux si vous voulez. » Alors Dave s'assied. Et moi, tout ça, ça m'a gonflé et j'ai l'impression que le mec était un peu dingue. Donc j'ai dit « Dave, je rentre. » J'ai croisé l'infirmière dans le couloir qui venait prendre les constantes de Léonard. J'ai dit « Ouais, ouais, je rentre dans ma chambre. » Je suis rentré dans ma chambre et j'ai commencé à faire le point.
Et je me suis dit, il y avait les fleurs de Sophia que j'ai un peu senties, c'était agréable. Je me suis dit qu'il fallait que je garde le cap, qu'il fallait que j'aille voir mon frère, qu'il fallait que je reprenne le boulot lundi, ça c'est important. Donc ce que j'ai fait, c'est que j'ai regardé dans l'armoire, j'avais une sorte de clé autour du poignet, donc j'avais une armoire et effectivement il y avait mes vêtements dedans. Il n'y avait pas mon téléphone, c'est probablement Dave qui l'avait.
Donc j'ai commencé à me changer, ce qui est compliqué parce que j'ai dû enlever et ça m'a fait ultra mal et je me suis déchiré la main, je me suis enlevé la perf. J'ai commencé à m'habiller à 11h du soir. Ce que je ne m'étais pas aperçu, c'est que j'étais quand même pas très bien. Je tremblais un peu quand je marchais et tout ça, mais bon, il fallait que je rentre chez moi.
Donc j'ai commencé à marcher dans le couloir et évidemment, non seulement je marchais lentement et je longeais les murs et je m'appuyais sur les murs, mais vraiment, je n'ai pas pu arriver à l'ascenseur. Quand l'infirmière est arrivée, elle a appelé un espèce de gars, un infirmier costaud on va dire, qui m'a remis au lit. Et ils m'ont mis à l'ascenseur. J'ai mis un petit sédatif et elle m'a dit, monsieur Alexis, si vous vous en allez comme ça, ce qui va se passer, c'est qu'on va vous attacher au lit.
On va vous mettre des choses qui vont vous assommer. Vous allez avoir des problèmes, d'accord ? Donc il faut que vous soyez sage et vous restez dans cet hôpital. Et si on prend soin de vous, ne vous inquiétez pas, on n'est pas très loin de chez vous et tout ira bien.
Donc ils repartent. Je m'endors. Il y a un jour qui passe comme ça. Le médecin repasse.
Il me dit, je suis au courant que vous avez essayé de partir hier. C'est quoi votre état d'esprit aujourd'hui ? J'étais ultra sincère et je pense que ça a joué en ma faveur. Parce qu'en fait, en gros, si j'avais voulu fuir, j'aurais dit, bah non, vous inquiétez pas, tout est bien.
En fait, j'ai été sincère, mais aussi parce que je pense que les sédatifs m'empêchaient d'être malin. J'ai dit, je suis un peu perdu. J'aimerais bien partir. Mais on m'a fait comprendre que ce n'était pas possible.
Il a dit, voilà, il a ré-répété, c'est important. Il faut qu'on stabilise, il faut qu'on regarde la situation. Peut-être que vous sortirez avant 10 jours, ne vous inquiétez pas. Mais là, pour l'instant, il ne faut pas.
J'avais quand même une anxiété qui montait, l'anxiété de ne pas faire les choses comme il le fallait. Alors j'ai fait une chose... assez simple, en fait. Je suis allé voir Dave. Je suis allé voir Dave.
Je suis allé voir Dave. Je suis allé voir Dave. Je suis allé voir Dave. Je suis allé voir Dave.
Je suis allé voir Dave. Je suis allé voir Dave. Je lui ai dit que j'allais partir. Je lui ai dit, écoute, t'es toujours le roi des plans à la con.
Il faut que je parte. Il me dit, moi, je pars demain. Je lui ai dit, moi, je ne peux pas. Donc, fais un truc, rends les dingues, et moi, je pars discrètement.
Et effectivement, il a fait genre qu'il avait une crise d'épilepsie. Après, il s'est mis à hurler, voilà, dans sa chambre, etc. C'était un tel boucan qu'il arrivait tout l'hôpital. Moi, je me suis habillé en vitesse.
Je tremblais un petit peu des jambes, etc. J'ai pris l'ascenseur. Au rez-de-chaussée, on m'a tout de suite capté que j'étais en train de partir parce que je pense qu'ils avaient, comment dire, ils avaient fait passer le mot, quoi. J'ai couru.
Bon, genre, j'ai couru comme une flèche. J'ai trouvé de l'énergie, je ne sais pas où. Je sais que je n'ai pas perdu connaissance, mais je voyais... Enfin, mon champ de vision s'est rétréci quand j'ai commencé à courir.
Et je pensais à mon rêve du calice qui brillait dans la nuit, la lumière au bout du tunnel, etc. Et j'étais concentré. C'est comme s'il y avait un focaliste qui était au fond de ma vision, etc. Je passe les portes, je cours.
Et il se trouve que j'étais dans un hôpital qui est à côté de la... Enfin, qui est dans le cinquième arrondissement, quasiment, quoi. Entre le 5 et... Voilà.
Et au sud, au sud-est du cinquième. Donc, je connaissais très, très bien, tu vois. Et en plus, le cinquième, c'est plein de petites rues, plein de trucs. Et je connais vraiment...
Enfin, j'ai fait plein de balades. Donc, vraiment, j'ai pu très rapidement, genre, partir. Et je sais qu'à un moment, il y avait un petit... un petit square, et je me suis mis dedans parce que... Enfin, j'étais crevé.
Je me suis mis en boule sous un banc dans un square. Je sais qu'il y a des gens qui me cherchaient. J'ai entendu deux, trois sirènes de police. C'était même pas pour moi, ça se trouve.
J'étais pas loin de la santé, à ce moment-là. Et j'ai laissé passer. Je crois que je me suis endormi. Deux heures.
Et vraiment... Comment dire ? Le soleil, le matin, se levait quand je... Quand je suis retourné chez moi.
Je suis passé devant ma porte. En fait, je me suis dit, c'est con. La police va arriver, elle va... Elle va aller chez moi.
Donc, c'est trop con. Donc, je suis passé ma porte et... Et j'ai continué ma route. J'ai traversé...
J'ai traversé la Seine. Je me suis posé dans un café qui s'appelait le Sarah Bernard, je crois. Presque de la place du Châtelet. Je suis pas certain.
J'ai commandé un énorme petit déjeuner. Un vrai petit déjeuner. Des omelettes. Enfin, aujourd'hui, malheureusement, les petits déjeuners comme ça, ça coûte 20 balles.
C'est relou, mais... Une omelette. Deux croissants. Pas ouf, mais ça va.
Un bon chocolat chaud. Oh là là. Je me suis posé. Fini les coquillettes.
Fini les petits biscuits spéculoos, là. Et je sens que mon corps se détendait. Mon train était demain. Pour Lyon.
Je sais pas si j'allais me faire intercepter d'une façon ou d'une autre. Mais je me suis dit, je vais me ravipocher avec mon frère. Et il va trouver une solution. Il a toujours été hyper malin.
En tout cas, c'était... J'étais un peu inquiet. Je me demandais à quel point ils allaient me chercher longtemps. Et puis finalement, je me suis dit que ces gens-là, ils avaient beaucoup de travail.
Et qu'ils m'oublieraient vite. Voilà. Donc c'est sur ces pensées-là que... que j'ai terminé mon petit déjeuner. Je me suis dit, waouh !
J'ai une journée à tuer. Je me demande ce que je vais faire.
Luna Invicta, 15. J'imagine que peu d'entre vous ont déjà plongé dans la Seine en pleine nuit. Quelle sensation ? Alors, c'est très froid, même si on était une période chaude. C'est pas tout à fait mouillé. Il y a aussi un peu d'autre chose que de l'eau. C'est-à-dire qu'il y a une minuscule couche d'huile. Ça sent un tout petit peu. Et il y a un courant fort, vraiment fort, des petites vagues plutôt au sommet et plutôt fort en dessous. J'ai pas osé ouvrir les yeux, je vous avoue. De toute façon, j'aurais rien vu. Il y a des choses solides dans la Seine qui se trimballent. J'espère que c'était des bouts de bois. Et quoi vous dire d'autre ? J'ai l'impression qu'on y coule plus facilement que dans un autre endroit. En tout cas, j'ai sauté derrière cette personne et j'avais un plan très simple qui était je descends là où il était. Je bats des mains, j'essaie de le trouver. Effectivement, je la grippe. Je la grippe. Il se laisse couler, le gars. Il a vraiment envie d'en finir. J'essaie de le remonter. Je nage plutôt bien. J'avoue que peut-être qu'il a envie de survivre. Donc, il remonte un petit peu avec moi. Et il s'est passé quelque chose. J'ai eu très, très mal à l'intérieur du corps, du torse. Vraiment, j'avais vraiment très, très mal. J'avais l'impression que la... L'eau m'écrasait et j'ai perdu connaissance. J'ai perdu connaissance complètement. Une syncope ou je ne sais pas quoi. En tout cas, je n'étais plus là. Et je me suis réveillé que bien plus tard dans un lit d'hôpital. Entre le moment où je me suis endormi, on va dire dans l'eau, de cette même façon, je pense que j'ai fait un choc thermique, etc. On est sur le point de le savoir. Mais en tout cas, entre ce moment-là et le moment où je me suis réveillé. Et j'étais tout propre et j'avais mal un peu partout. J'ai fait un rêve. Cette fois-ci, un beau rêve. J'étais... Comment dire ? Je marchais sous l'eau, mais l'eau était un peu plus transparente. Et je voyais des étoiles un peu partout autour de moi. Des étoiles brillantes dans le ciel, mais aussi dans l'eau. Je marchais sur une sorte de petit chemin. Comment dire ? Comme si il y avait une petite bosse de boue sous l'eau. Il n'y avait pas d'algues, il n'y avait pas de poissons. Et en fait, devant moi, il y avait un rocher. Et sur ce rocher, il y avait une coupe. Comme le Saint Graal, exactement. Comme toutes ces choses, toutes ces symboliques arthuriennes qu'on voit même dans Dark Souls. C'était le Saint Graal. Et donc, il était lumineux, je m'en suis approché. C'était un très très long rêve. Parce que je n'arrêtais pas. Je n'arrêtais pas de m'en approcher. Et c'était devenu de plus en plus lent au fur et à mesure que je m'en approchais. Et finalement, je me suis réveillé dans cet hôpital avec une grande luminosité. C'était le matin. Des heures et des heures étaient passées. Des gens étaient contents. Alors, j'avais des aiguilles plantées dans le dos de la main. J'avais une perfusion. Et j'étais KO. J'étais un peu seul. J'étais paniqué. Et une infirmière est venue. Elle m'a dit, comment ça va ? Donc, j'ai appelé. Il y a une infirmière qui est venue me voir. Elle m'a dit, comment ça va ? Je lui ai dit, je suis où ? Et elle m'a dit, vous êtes à l'hôpital. D'après vous, vous faites quoi ? Mais j'ai l'impression que ça va bien. C'est quoi la dernière chose dont vous vous souvenez ? Et je lui ai dit, j'ai un peu honte. Mais je crois que j'ai sauté dans la scène. Mais je n'ai pas voulu me tuer. J'ai voulu sauver un gars qui voulait se tuer. Elle m'a dit, c'est vrai. Vous l'avez fait. C'était très courageux. Mais ce n'est pas ça qu'il faut faire, monsieur. Il faut appeler la police. Vous savez, ils ont une police de la rivière. Et ils viennent vous chercher. Ou vous appelez les pompiers. Mais il ne faut pas le faire. Parce que là, on a failli avoir deux morts. En fait, on a failli en avoir trois. Alors, j'ai dit, trois ? Il dit, oui, votre ami, il a essayé de vous sauver. Parce que vous ne vous remontiez pas. Et j'ai dit, je ne sais pas ce qui s'est passé. Je me suis noyé. Elle m'a dit, sinon vous seriez mort. Mais il s'est passé autre chose. Je vais appeler le médecin. Le médecin va venir. Alors, on va prendre le temps. Il a occupé le médecin. Mais il va venir. Et il va vous expliquer un peu ce qui vous est arrivé. Donc, je souffle un peu. Je m'aperçois que je n'ai pas mes affaires. Alors, je lui dis, mon téléphone, tout ça. Elle me dit, ce n'est pas votre problème. Pour l'instant, il faut vous reposer. C'est très important. Et c'était assez facile comme instruction. Je ne sais pas si... Je sais que j'ai été opéré de l'appendicite quand j'étais petit. Et c'était très énervant. C'était très énervant pour moi quand on me disait, il faut se reposer. Parce que je m'ennuyais. Je veux dire, il y avait la télévision. Mais c'est nul, la télévision. OK, à un moment, on m'a apporté une Game Boy. Mais voilà, on en fait vite le tour. Les livres, c'est pareil. Et on s'ennuie ferme. Il y a vraiment un endroit qui est dur à supporter. C'est l'hôpital. Mais là, j'étais passé dans la vie adulte avec plein de soucis qui nous épuisent tout le temps. Elle m'a dit, il faut vous reposer. J'ai fermé les yeux. Et quand je me suis réveillé, j'avais très envie de faire pipi. Donc, si j'avais par la fenêtre une sorte de luminosité matinale, là, j'avais une luminosité du soir. Donc, je me lève difficilement. Je vais faire pipi. Je reviens. Et en fait, quand je me lève, il y a une sorte de dispositif qui fait que l'infirmière arrive. Elle me recouche. J'ai eu le temps de faire pipi entre-temps. Alors, j'ai dû me déplacer avec la perfum. Et je me remets au lit. Et je lui ai dit, vous ne payez pas un Coca-Cola pour moi ? Elle m'a dit, non. Par contre, le médecin est arrivé. Le médecin est arrivé. Un gars précoce. Pressé, gentil, jeune. Il me dit, comment ça va ? Je dis, écoutez, moi, j'aimerais bien être de retour chez moi ce soir. Il m'a dit, ce ne sera pas possible. Alors, je dis, mais attendez. Moi, je vais bien. Il dit, non, vous n'allez pas bien. Alors, expliquez-moi. Alors, vous avez sauté dans l'eau. Et je ne vais pas vous parler de tout ça parce que vous avez un ami. C'est ça qui s'appelle David. Il vous expliquera un petit peu ce qui s'est passé. Je n'ai pas trop le temps d'aller là-dessus. Mais ce qui s'est passé, c'est que sous l'eau, vous avez fait une crise cardiaque. Alors, pas tout à fait une crise cardiaque. Votre cœur s'est arrêté. C'est légèrement différent. Et on a fait quelques tests. On a fait également une petite analyse. Et il se trouve que vous avez un syndrome très rare. Ça arrive à une personne sur 5 millions environ. Mais en fait, vous avez un syndrome. Donc, à mon avis, c'est aussi passé dans votre famille. Est-ce que vous avez des gens dans votre famille ? Votre grand-père, arrière-grand-père, peut-être vos parents ? Est-ce que quelqu'un a fait un arrêt cardiaque ? J'ai dit, ben oui, c'est ce qui est arrivé à mon père. Et vraiment, tout d'un coup, j'ai un poids sur le cœur. J'ai dit, oui, c'est arrivé à mon père. Il dit, ben voilà, en fait, ce qui se passe, c'est que vous avez une malformation cardiaque qui est très difficile à traiter. Ce n'est pas un truc courant. Du coup, il n'y a pas vraiment de traitement. Et votre père l'avait. Il est possible que votre grand-père l'avait aussi, etc. Et vous avez une épée de Damoclès. C'est-à-dire que, je ne dis pas que votre cœur peut s'arrêter ce soir, mais si, effectivement, vous vous mettez à courir comme un fou ou vous mettez à faire de l'haltérophilie à partir de rien, en fait, si vous soumettez... Si vous mettez votre cœur à un stress très rapide, très subi d'un seul coup, vous favorisez les chances que votre cœur s'arrête. Mais votre cœur peut s'arrêter à tout moment. Donc, il va falloir changer des choses dans votre vie. Il y a des pseudo-traitements, des choses qui vont diminuer les chances que ça arrive, mais... Mais voilà, l'épée de Damoclès, elle existe vraiment. Je préfère vous le dire, et voilà. Mais il y a des gens qui vivent toute leur vie, qui meurent de leur belle mort avec. Après, c'est une maladie très, très peu documentée. On la voit sur la radio. Alors, il me montre une radio qui s'est faite de moi quand j'étais en train de dormir, ou je ne sais pas quoi. Et... Ce n'était pas une radio, c'était un truc... Je ne sais pas, un truc... Enfin, une image... Ce n'était pas en noir et blanc, quoi. Oui, bon. Et... Et... Et... Il me montre un truc, je ne vois rien, je ne comprends rien. Donc, on va vous préparer des ordonnances, tout ça. On va vous mettre en observation une dizaine de jours. Moi, dans ma tête, c'est tout de suite, ben non, je ne peux pas, parce que lundi, il faut absolument que je revienne au travail. Et il me dit... Il faut... Oui, il va falloir que vous appreniez à vivre détendu, et que vous fassiez des professions détendues, où il y a un effort, mais progressif, qui peut se faire. Fini les professions... Les professions physiques, ou intenses, ou... Voilà, ou stress. Si vous n'êtes pas dans l'armée, monsieur, je dis, non, mais... Voilà, ça, c'est très bien. Je n'ai pas trop le temps ce soir, me dit-il. Je vais faire un petit tour. Je... Des patients, je reviens demain pour refaire un point avec vous. Vous vous reposez, tranquillement. Alors, je dis... Excusez-moi, docteur, mais en fait, lundi, je dois être sur le chantier. Il me dit, ben non. Avec un sourire, il referme la porte. Ok. Alors, je réfléchis un petit peu, ça tourne un peu dans ma tête. Et puis, en fait, il y a plein d'informations, et je me rendors très rapidement. Je me rendors, et je ne sais pas si dans la perf, il y a de quoi me calmer ou m'endormir, mais je me réveille le lendemain matin, assez tôt. Alors, vous savez, je ne sais pas, toutes les 5-7 heures, il y a une meuf qui vient, elle me prend l'attention, je ne sais pas ce qu'elle fait, elle rigole un peu. Enfin, je lui pose des questions, je lui dis, ah, vous me réveillez, et tout. Elle me dit, ben oui, c'est la vie. J'ai dit, mais vous savez, le médecin, il a dit, il ne faut pas me réveiller trop. Alors, j'essaie de lui dire, vous n'avez pas, genre, un bon petit truc à manger, même juste des frites, parce que là, j'en peux plus, les coquillers de jambon, les repas d'hôpitaux, c'est affreux. C'est abominable, compote, coquillers de jambon, j'en pouvais plus. On a un peu rigolé. Et il y a un truc qui est rigolo, c'est qu'elle m'a dit, elle me dit à chaque fois, sur une échelle de 1 à 10, sachant que 1, vous n'avez pas eu de tout mal, et 10, c'est une souffrance. C'est insupportable. C'est quoi, votre souffrance ? Et je lui ai dit, vous savez, en ce moment, je subis un ennui affreux et je suis loin de la bonne nourriture. Et pour moi, c'était vraiment terrible. Elle m'a dit, donc, 1. En tout cas, le lendemain matin, j'ai eu des petites surprises. J'ai eu des visites. Donc, ma première visite, parce qu'en fait, il faut que je vous raconte plusieurs choses que j'apprends par la suite. Mais ce qui s'est passé, c'est que quand... Je vous le dirai tout à l'heure. En gros, j'ai eu Sophia qui est passée avec des fleurs, très sympa. Je dis, merci, ça me fait très plaisir. J'aurais préféré que tu ramènes des frites. Ce qui l'a fait rire. Elle a dit, alors Alexis, t'as sauté pour... T'as sauté dans la scène pour sauver un gars, c'est ça ? J'ai dit, oui. Et il est où, ce gars ? J'ai dit, je sais pas. J'ai pas le droit de parler à personne et j'ai même pas mon téléphone portable. Elle dit, c'est Dave qui a récupéré ton téléphone portable. Il a envoyé à tout le monde que t'étais dans l'hôpital. Donc, tu vas avoir pas mal de visites. Et effectivement, j'ai eu des tas de visites dans la journée. J'ai eu Sophia qui, vraiment, était très, très sympa. On sort pas ensemble, mais elle s'occupait de moi comme si on sortait ensemble. Elle a pris le temps, alors que je sais qu'elle a des soucis. Donc, ça, c'était vraiment chouette. Ensuite, j'ai eu, vraiment, ultra sympa, Sam qui est passé. Il avait une grosse mallette. J'ai dit, Sam, comment ça va ? Et la première chose qu'il me dit, c'est, il me dit, est-ce que t'es allé à la BNF récupérer le bouquin sur l'incident de 1937 ? J'ai dit, non ! Il me dit, c'est vraiment la seule question. Je lui dis, c'est vraiment le seul truc que t'as à me dire. Il me dit, ouais, écoute, c'est important. Parce que là, tu vois, t'as failli mourir et t'as pas pu accomplir ton destin. Et c'est vachement important. Bon, et je dis, Elsie Narcos, ça avance ? Il me dit, oui, ça avance, ça avance. Je travaille dessus. Il met la mallette sur le lit. Il l'ouvre. C'est vraiment une grosse mallette sécurisée et tout. Il l'ouvre, genre, avec un air ultra sérieux. Quand il ouvre la mallette, je sais ce qu'il y a dedans, sans même le voir, tu vois. Et ça me fait trop, trop plaisir. Et c'est trop bizarre. Il fait genre le mystère. Et quand il retourne la mallette, il y a quoi dedans ? Une pizza toute chaude. Et donc, c'est trop bien. Et on mange la pizza ensemble. Et il me dit, écoute, tu sais, moi, j'ai pas beaucoup d'amis. Et ils sont tous bizarres. Enfin, tu sais, moi, comme je fais des recherches un petit peu parallèles, les gens qui s'intéressent à moi, c'est surtout des fous qui pensent que genre, il y a des Illuminati ou que la terre est plate. Donc, il faut vraiment que tu tiennes le coup. Parce que si t'es plus là, moi, je vais être tout seul, tu vois. Je dis, t'inquiète, tu mourras avant moi. Et donc, on a mangé ensemble cette pizza qui était totalement interdite à amener dans l'hôpital. Mais on était très contents. Et après, il m'a dit, mais surtout, va à la BNF, prends le lit de 1937. J'ai dit, oui ! Et enfin, j'ai... Alors que c'était l'infirmière qui prenait mes constantes, c'était en début d'après-midi, il y a Marie qui est passée. Donc, toujours avec sa petite veste, un petit côté toujours aventurière, prêt à partir et tout, avec son petit sourire. Elle me dit, toujours dans les pires aventures. Alors, je dis, non, mais vraiment, tout ceci, c'est... Mais j'étais content. En fait, j'ai dit, Marie, je suis content de te voir parce que t'es pas la première à venir me voir. Et je m'aperçois que je suis pas tout de suite. Je suis pas tout seul dans la vie. Même si je suis entouré de gens un petit peu bizarres. Elle me dit, ah bon, moi, je suis bizarre. Alors que toi, on reparle encore de Marseille ou pas ? Alors, j'ai dit, tu... Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? Parce que là, je me suis rappelé les infos que j'ai pas vues. Elle me dit, tu le sauras bien assez tôt. Et... Donc, elle m'a dit... Elle était au bout de mon lit alors que l'infirmière passait. L'infirmière, elle disait, vous êtes la madame de monsieur. Alors, elle dit, je ne sais pas trop. Elle a dit... Et Marie m'a dit, bon, on avait dit qu'on se verrait quand t'aurais eu l'argent. Mais dès que tu vas mieux, tu m'appelles. Et puis, on se fait un resto. Et puis, on partage l'addition pour le coup. J'ai dit, oui, oui. Et quand l'infirmière est partie, j'ai dit à Marie. Marie, elle est partie. J'ai dit, approche-toi. Alors, j'ai dit, t'as pas un truc pour me faire sortir d'ici ? Parce que le médecin, il veut que je reste genre 10 jours ou je sais pas quoi. Et moi, en fait, je dois absolument aller au travail. Alors, elle me dit, qu'est-ce que tu... Faites les couilles avec ton travail. Tu vas bientôt avoir ton assurance vie. Et tu vas pouvoir être en vacances pendant quelques années. Tu vois ce que je veux dire ? Et puis, tu peux même trouver un autre travail, peut-être plus sympa. Je dis, ouais, d'accord. Mais on sait pas. Pour l'instant, je l'ai pas. Donc, c'est quand même important. Et puis, ce week-end, je dois être à Lyon. Elle m'a dit, ah bon, tu dois être à Lyon. Tu vas tuer des gens, peut-être. Aller dans un... Comment ça s'appelle ? Peut-être dans un club de combat MMA secret. C'est ça, à Lyon ? Alors, j'ai dit, pas du tout. Je vais voir mon frère, figure-toi. Ah, frère, c'est intéressant, ça. Et elle me fait un clin d'œil. Elle me dit, tu restes au lit. Prends soin de toi. Écoute le médecin. Il y a des gens qui t'aiment. Et en milieu d'après-midi, Dave est passé. Et alors, il était à la fois content et en colère. C'est vrai que ce regard de... En fait, déjà, il arrive. Et il a, tout comme moi, l'espèce de blouse vachement humiliante, ouverte sur derrière, où on voit nos fesses. Il s'était aussi échappé de sa chambre. Il tape dans sa main et il glisse, hop, sur le lino de l'hôpital. Et il dit, et alors ? Alors ? On oublie le plan ? Et il me dit, Alexis, les millions, on les avait dans nos mains. Et là, je repense au Pikachu des offres. On les avait dans nos mains. Qu'est-ce que tu nous as fait ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Et ce qu'il ne m'a pas dit, et que j'ai appris ensuite, c'est qu'en fait... Voilà. Pour comprendre bien son état d'esprit, c'est que j'ai sauté pour sauver le gars qu'on ne connaît pas encore, qui s'appelle Léonard, mais on ne le connaissait pas, pour sauver Léonard. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que j'ai sauté dans l'eau. Et lui, il m'a couru après. Et pendant que j'étais en train de couler, il m'a traité, il m'a dit, espèce de con, c'est moi qui devais sauter dans l'eau, c'est moi qui devais mourir. On allait gagner de l'argent avec nos toiles. Et en fait, il a en gros tout raconté, tout son plan, alors que c'était... Le téléphone était tombé et on ne voyait plus du tout la scène. Il aurait pu d'ailleurs dire qu'il s'était suscité, mais il a tout balancé comme un connard. Donc du coup, les gens étaient au courant. Et il s'en est aperçu, il a pris son téléphone. Et vraiment, il est devenu tout blanc. Et à un moment, il dit, putain, mais il ne remonte pas, parce que j'ai vu la scène sur Instagram ensuite. Il ne remonte pas, ce con. Et quand il a vu que je ne remontais pas au bout de 30 secondes, il a aussi plongé et il nous a sauvés tous les deux. Et il en était un peu fier. Il a dit, tu m'en dois une. En fait, tu m'en dois plein. Tu me dois 10 millions et tu me dois ta vie. Je dis, écoute, j'ai... OK, c'est noté, mais je ne peux pas faire grand-chose. Et il dit, bon, lève-toi. Alors, tu sais, le médecin, il ne doit pas... Il m'a dit, il ne faut pas trop bouger. Il dit, tu sais quoi ? On t'a sauté dans l'eau à cause d'un connard qui s'appelle Léonard. Et en plus, ce n'est pas un mec qui se suicide sous le train à Aubervilliers. C'est un mec qui s'est suicidé en face de l'île Saint-Louis. Donc, ça va être un gros Richard. Donc, comme on lui a sauvé la vie, et qu'il doit être surtout très content d'être en vie, on va aller le voir et on va lui dire qu'il nous doit des millions. D'accord ? Alors, je me lève difficilement. On se fait d'abord intercepter par l'infirmière qui dit, hop, hop, hop, vous retournez dans vos chambres, etc. Mais Dave revient un peu plus tard. Il a embobiné je ne sais pas qui. Il a mis quelqu'un à sa place dans le lit ou je ne sais quoi. Donc, on retourne voir et on arrive, on ouvre quelques chambres. Et finalement, on trouve la chambre. C'est la chambre de Léonard. Qui a une chambre privée, effectivement, qui a l'air d'être un petit peu riche. Qui est un gars qui a 40 ans. Et qui, comme on le retrouve, il est 22h. Je pense qu'il est un petit peu inquiet de voir tout d'un coup la lumière s'allumer. Et deux gars qui le regardent en blouse. Alors que moi, je suis là, j'essaie de comprendre qui il est. Et Dave qui le regarde, genre, il va l'étrangler, tu vois. Et donc, on lui explique, on lui dit, gars, t'as sauté d'un pont. Lui, il t'a sauvé, il a failli mourir. Et moi, j'ai dû sauter pour vous sauver tous les deux. Maintenant, tu nous racontes pourquoi tu voulais te tuer. Et j'espère que tu as une bonne raison. Et là, il nous dit, bien sûr que j'ai une bonne raison. Figurez-vous que je suis immortel. Et qu'il était impossible, absolument impossible que je meure. Alors, il y a Dave qui dit, ah bon ? Un peu comme ça, il est vachement crédule. Il dit, ah bon ? Il dit, oui, oui. Je savais que je n'allais pas mourir ce jour-là. Donc, voulant essayer de voir si c'était vraiment vrai, j'ai essayé de me tuer. Et vous voyez, je suis en vie. Vous m'avez sauvé. Alors, on lui dit, non, mais gars, on était là complètement par hasard pour une autre raison. Et ça n'a rien à voir. Et il dit, je vais vous dire quelque chose. Moi, je suis un philosophe. C'est mon métier, philosophe. Et j'ai eu la preuve scientifique. Que notre destin ne nous appartenait pas. J'ai eu la preuve scientifique que notre destin, il était lié. C'est-à-dire que je ne peux pas vous raconter tous les détails. Et je savais que, genre, dans deux, trois ans, je serai encore en vie. Et vous voyez, si je vous dis que vous êtes en vie dans deux, trois ans, ça peut être une bonne nouvelle. Mais pour moi, philosophe, c'est une immense angoisse. Parce que plus que la vie, j'ai quelque chose que j'aime plus que la vie, c'est que j'aime la liberté. Et je n'ai, comment dire, si je suis assuré d'être en vie dans deux, trois ans, ça veut dire que si je décide de me suicider, je n'y arriverai pas. Alors là, il y a Dave qui dit, si tu veux, moi, je peux te tuer tout de suite. Mais par contre, tu as de l'argent à me donner. Et le mec, il le regarde, le nardre dans les yeux, il dit, non, vous ne pourrez pas me tuer. J'ai la preuve formelle que dans deux, trois ans, je serai encore en vie. Et vous ne pourrez pas me tuer parce que je suis... En tout cas, jusqu'à deux, trois ans, je suis sûr d'être en vie. Donc, quoi que... Quoi que... Quoi que... Quoi que... Quoi que vous fassiez, on peut être sûr qu'il n'y aura pas de bombe nucléaire qui va nous tomber dessus, que je ne vais pas être fusillé, je ne vais pas être envoyé à la guerre, que je ne vais pas être poignardé, et que toutes les fois où je vais essayer de me suicider, soit je vais me rater, soit il y a des espèces de pauvres cloches comme vous qui vont se retrouver là et qui vont essayer de me sauver. Donc, je suis prisonnier, je suis dans une tragédie. Et je vais même vous dire quelque chose, j'ai une sorte de vie d'existentiel, c'est-à-dire je me demande si je vous parle vraiment. Alors, je vous parle. Je me demande si je suis conscient. Enfin, comment dire ? Vous avez l'impression de vous dire que vous êtes conscient. Vous levez le matin et de faire des choix, de prendre des Chocapic plutôt que des Mielpops. Mais en fait, si ça se trouve, c'est quelqu'un d'autre avec qui vous ne pouvez pas parler, qui est dans votre corps, qui prend toutes ces décisions. Et vous, vous voyez que vous prenez le paquet de Chocapic et vous dites « Waouh, j'ai pris le paquet de Chocapic ». C'est-à-dire qu'aucune de vos décisions ne vous appartient. Et je suis en train de vous dire, je suis absolument sérieux, j'ai la preuve scientifique de tout ça, que nous sommes prisonniers de notre destin. Et je suis prisonnier du fait de rester en vie quoi qu'il arrive. J'ai fait une expérience, elle a été brillamment conclue. Ce à quoi je lui dis « Vous savez, il y a plein de gens qui essayent de se suicider, ils se ratent. C'est une question de statistique aussi, peut-être qu'il faudrait réessayer plein de fois. » Alors, il y a Dave qui dit « Mais arrête, pourquoi tu dis ça ? » Et Dave dit « Vous êtes riche ? » Et là, il dit « Pas du tout. Et merde ! Mais vous n'avez pas un petit peu d'argent quand même ? » Il dit « Non, non, par contre, je ne sais pas, je peux vous faire visiter mes locaux si vous voulez. » Alors Dave s'assied. Et moi, tout ça, ça m'a gonflé et j'ai l'impression que le mec était un peu dingue. Donc j'ai dit « Dave, je rentre. » J'ai croisé l'infirmière dans le couloir qui venait prendre les constantes de Léonard. J'ai dit « Ouais, ouais, je rentre dans ma chambre. » Je suis rentré dans ma chambre et j'ai commencé à faire le point. Et je me suis dit, il y avait les fleurs de Sophia que j'ai un peu senties, c'était agréable. Je me suis dit qu'il fallait que je garde le cap, qu'il fallait que j'aille voir mon frère, qu'il fallait que je reprenne le boulot lundi, ça c'est important. Donc ce que j'ai fait, c'est que j'ai regardé dans l'armoire, j'avais une sorte de clé autour du poignet, donc j'avais une armoire et effectivement il y avait mes vêtements dedans. Il n'y avait pas mon téléphone, c'est probablement Dave qui l'avait. Donc j'ai commencé à me changer, ce qui est compliqué parce que j'ai dû enlever et ça m'a fait ultra mal et je me suis déchiré la main, je me suis enlevé la perf. J'ai commencé à m'habiller à 11h du soir. Ce que je ne m'étais pas aperçu, c'est que j'étais quand même pas très bien. Je tremblais un peu quand je marchais et tout ça, mais bon, il fallait que je rentre chez moi. Donc j'ai commencé à marcher dans le couloir et évidemment, non seulement je marchais lentement et je longeais les murs et je m'appuyais sur les murs, mais vraiment, je n'ai pas pu arriver à l'ascenseur. Quand l'infirmière est arrivée, elle a appelé un espèce de gars, un infirmier costaud on va dire, qui m'a remis au lit. Et ils m'ont mis à l'ascenseur. J'ai mis un petit sédatif et elle m'a dit, monsieur Alexis, si vous vous en allez comme ça, ce qui va se passer, c'est qu'on va vous attacher au lit. On va vous mettre des choses qui vont vous assommer. Vous allez avoir des problèmes, d'accord ? Donc il faut que vous soyez sage et vous restez dans cet hôpital. Et si on prend soin de vous, ne vous inquiétez pas, on n'est pas très loin de chez vous et tout ira bien. Donc ils repartent. Je m'endors. Il y a un jour qui passe comme ça. Le médecin repasse. Il me dit, je suis au courant que vous avez essayé de partir hier. C'est quoi votre état d'esprit aujourd'hui ? J'étais ultra sincère et je pense que ça a joué en ma faveur. Parce qu'en fait, en gros, si j'avais voulu fuir, j'aurais dit, bah non, vous inquiétez pas, tout est bien. En fait, j'ai été sincère, mais aussi parce que je pense que les sédatifs m'empêchaient d'être malin. J'ai dit, je suis un peu perdu. J'aimerais bien partir. Mais on m'a fait comprendre que ce n'était pas possible. Il a dit, voilà, il a ré-répété, c'est important. Il faut qu'on stabilise, il faut qu'on regarde la situation. Peut-être que vous sortirez avant 10 jours, ne vous inquiétez pas. Mais là, pour l'instant, il ne faut pas. J'avais quand même une anxiété qui montait, l'anxiété de ne pas faire les choses comme il le fallait. Alors j'ai fait une chose... assez simple, en fait. Je suis allé voir Dave. Je suis allé voir Dave. Je suis allé voir Dave. Je suis allé voir Dave. Je suis allé voir Dave. Je suis allé voir Dave. Je suis allé voir Dave. Je suis allé voir Dave. Je lui ai dit que j'allais partir. Je lui ai dit, écoute, t'es toujours le roi des plans à la con. Il faut que je parte. Il me dit, moi, je pars demain. Je lui ai dit, moi, je ne peux pas. Donc, fais un truc, rends les dingues, et moi, je pars discrètement. Et effectivement, il a fait genre qu'il avait une crise d'épilepsie. Après, il s'est mis à hurler, voilà, dans sa chambre, etc. C'était un tel boucan qu'il arrivait tout l'hôpital. Moi, je me suis habillé en vitesse. Je tremblais un petit peu des jambes, etc. J'ai pris l'ascenseur. Au rez-de-chaussée, on m'a tout de suite capté que j'étais en train de partir parce que je pense qu'ils avaient, comment dire, ils avaient fait passer le mot, quoi. J'ai couru. Bon, genre, j'ai couru comme une flèche. J'ai trouvé de l'énergie, je ne sais pas où. Je sais que je n'ai pas perdu connaissance, mais je voyais... Enfin, mon champ de vision s'est rétréci quand j'ai commencé à courir. Et je pensais à mon rêve du calice qui brillait dans la nuit, la lumière au bout du tunnel, etc. Et j'étais concentré. C'est comme s'il y avait un focaliste qui était au fond de ma vision, etc. Je passe les portes, je cours. Et il se trouve que j'étais dans un hôpital qui est à côté de la... Enfin, qui est dans le cinquième arrondissement, quasiment, quoi. Entre le 5 et... Voilà. Et au sud, au sud-est du cinquième. Donc, je connaissais très, très bien, tu vois. Et en plus, le cinquième, c'est plein de petites rues, plein de trucs. Et je connais vraiment... Enfin, j'ai fait plein de balades. Donc, vraiment, j'ai pu très rapidement, genre, partir. Et je sais qu'à un moment, il y avait un petit... un petit square, et je me suis mis dedans parce que... Enfin, j'étais crevé. Je me suis mis en boule sous un banc dans un square. Je sais qu'il y a des gens qui me cherchaient. J'ai entendu deux, trois sirènes de police. C'était même pas pour moi, ça se trouve. J'étais pas loin de la santé, à ce moment-là. Et j'ai laissé passer. Je crois que je me suis endormi. Deux heures. Et vraiment... Comment dire ? Le soleil, le matin, se levait quand je... Quand je suis retourné chez moi. Je suis passé devant ma porte. En fait, je me suis dit, c'est con. La police va arriver, elle va... Elle va aller chez moi. Donc, c'est trop con. Donc, je suis passé ma porte et... Et j'ai continué ma route. J'ai traversé... J'ai traversé la Seine. Je me suis posé dans un café qui s'appelait le Sarah Bernard, je crois. Presque de la place du Châtelet. Je suis pas certain. J'ai commandé un énorme petit déjeuner. Un vrai petit déjeuner. Des omelettes. Enfin, aujourd'hui, malheureusement, les petits déjeuners comme ça, ça coûte 20 balles. C'est relou, mais... Une omelette. Deux croissants. Pas ouf, mais ça va. Un bon chocolat chaud. Oh là là. Je me suis posé. Fini les coquillettes. Fini les petits biscuits spéculoos, là. Et je sens que mon corps se détendait. Mon train était demain. Pour Lyon. Je sais pas si j'allais me faire intercepter d'une façon ou d'une autre. Mais je me suis dit, je vais me ravipocher avec mon frère. Et il va trouver une solution. Il a toujours été hyper malin. En tout cas, c'était... J'étais un peu inquiet. Je me demandais à quel point ils allaient me chercher longtemps. Et puis finalement, je me suis dit que ces gens-là, ils avaient beaucoup de travail. Et qu'ils m'oublieraient vite. Voilà. Donc c'est sur ces pensées-là que... que j'ai terminé mon petit déjeuner. Je me suis dit, waouh ! J'ai une journée à tuer. Je me demande ce que je vais faire.