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Luna Invicta - Episode 24

Épisode
24
Date
24 juillet 2026
Durée
30:51
Série
Luna Invicta

Cet été FibreTigre vous propose un voyage quotidien, dont voici l'épisode 24.

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Luna Invicta 24. La voiture immense nous a déposé au bout d'une route qui n'était ni goudronnée ni rien, une simple route entourée d'une part de végétation et aussi un grand portail doré, illuminé de plein de façons différentes, sans qu'on voit vraiment les sources lumineuses. Et le portail, il était sur le côté de la route et au-delà de la route, il y avait ce qu'on pourrait dire une sorte de grande mer avec des vagues, des petits... de l'écume, même si... qui se reflétaient un petit peu sur la lumière de la lune et des étoiles. Et en fait, au-delà du portail doré, qui s'est ouvert dès que Kissé Manitou s'est approché, il y avait un chemin qui serpentait dans un jardin merveilleux, celui qu'il y a dans les dessins animés de Disney, et au-delà, il y a un château fantastique, un palais.

Quelque chose avec effectivement des grandes tours, des bulbes, des balcons, des immenses cours, tout ce qu'on peut imaginer, c'était là, avec ces sources lumineuses qui étaient un petit peu invisibles, et la rumeur de musique de toutes époques différentes et aussi la rumeur de beaucoup de conversations animées. J'ai suivi Kissé Manitou, qui d'ailleurs m'a dit, surtout, vous ne vous éloignez pas de moi. Avec un air un petit peu... C'était un peu menaçant, et Dion et moi, on le collait un petit peu, et on a remonté ensemble, avec son pas très lent, les chemins qui serpentaient le long des jardins, à travers les jardins même.

Ce n'était pas un labyrinthe végétal, mais de part et d'autre, il y avait des labyrinthes végétaux. Au début, on a commencé à avoir des gens avec des caps, avec des masques, qui étaient des humains, mais effectivement, est-ce que les masques étaient vraiment des masques, ou c'était plutôt leur vrai visage, ça, on ne savait pas. Il y avait des concerts improvisés. De quoi tu aurais...

Il y avait des concerts dans certaines clairières du jardin. Il y avait des jeux un peu étranges, qui avaient l'air très austères, très silencieux, parfois sanglants, sur certaines tables qu'il y avait aussi dans le jardin. On voyait souvent des sortes d'armes rituelles, des poignards à trois lames, ou des arcs et des flèches, des haches parfois, souvent en or, ouvragés. On a remonté le long du chemin, et de plus en plus, on approchait du palais.

Il y avait une différence entre deux types d'habitants ici, qui étaient, on va dire, les fêtards et les serviteurs. Les serviteurs étaient clairement humains, comme moi et Diane, de tout âge, et on va dire, de toute origine. Et il y avait les dieux, qui étaient facilement reconnaissables, parce qu'ils étaient plus grands. Et ils n'avaient pratiquement aucun visage humain.

C'est-à-dire qu'il y en a qui avaient des têtes de chien, ou des têtes d'ibis, comme les dieux égyptiens, mais il y avait aussi, tout simplement, des gens qui étaient complètement des poulpes, avec des yeux humains, par exemple. C'était vraiment terrifiant, à beaucoup d'égards. D'ailleurs, parfois, certains dieux s'en prenaient physiquement, aux serviteurs humains. J'en ai même vu un qui se fait manger.

C'était très réaliste, et c'était comme un cauchemar. C'était vraiment affreux. J'ai fait un pas de côté, et Diane aussi tremblait un petit peu. Et Kizé Manito nous cachait un petit peu derrière lui, à la fois un peu pour nous masquer le spectacle, mais aussi pour nous protéger, tout simplement.

On est rentrés dans le château, le grand palais, une immense cour, enfin, non, plutôt une immense salle, une immense hall, avec vraiment de nombreux orchestres, des chœurs, et un banquet interminable. Et effectivement, tout s'est... Il y avait des dieux qui parlaient tous ensemble, etc. Et Kizé Manito a appliqué sa main sur moi, et il a dit, pour ce soir, pour cette nuit, tu as mon odeur, tu ne risques rien.

Diane et toi, vous pouvez être prudents, et je vais aller faire mes affaires à moi. Et il s'est approché du banquet, qui lui semblait familier, et puis il a commencé à discuter dans une langue étrange avec d'autres personnes qui avaient des masques de chat en porcelaine. Et qui étaient vraiment très grands, et qui avaient des grandes capes aussi. J'ai demandé à Diane, le type qui s'est fait manger, là, c'était un type comme toi et moi.

Et elle dit, l'opine de la tête, elle dit... Alors, généralement, les dieux prennent leurs serviteurs sur le... comment dire... dans le royaume des rêves, comme là où on t'a cherché. Donc, la personne a juste fait un cauchemar affreux. Mais c'est un cauchemar très traumatisant, et effectivement, peut-être qu'il revient...

Il ne demandera plus à revenir ici. Je dis, ah bon, parce qu'on peut demander à servir les dieux ? Oui, oui. Elle dit, en fait, parfois, ils sont recrutés une fois, et s'ils sont bons, parce qu'un bon serviteur, c'est rare, les dieux leur proposent des contrats plus réguliers.

Et je dis, il y a des contrats ? Et elle dit, oui, en fait, c'est un peu la fable du pacte du diable. C'est-à-dire qu'ils viennent, ils leur proposent d'être comme un majordome, prise de rendez-vous, tenir la case... C'est-à-dire qu'ils viennent, ils leur proposent d'être comme un majordome, prise de rendez-vous, tenir la case...

C'est-à-dire qu'ils viennent, ils leur proposent d'être comme un majordome, prise de rendez-vous, tenir la case, ranger le manteau, etc. Et en échange, ils ont droit à des petits coups de chance, un petit peu d'argent, des beaux rêves, ou tout simplement rester dans le château, regarde comme c'est beau. Et donc, voilà, je comprenais qu'effectivement, c'était bien que Dion ait fait un pacte avec le Kissé Manito. Et oui, Dion, d'ailleurs, me dit, tu sais, tout s'est arrangé très vite et...

Et tu ne vas pas te réveiller aujourd'hui, j'avais prévu de venir plus tard et de te préparer un petit peu à ce que c'est ici, mais si tu n'as pas de protecteur, il ne faut pas revenir en tout cas par ce chemin-là. Et si tu te fais accoster par un dieu, sois prudent, parce qu'il y a des choses pires que de se faire poignarder en rêve. Donc en tout cas, on se balade et elle te dit, je vais te montrer un coin qui est safe, qui est tranquille. Remplis-toi les yeux avant.

Alors, j'en ai profité, effectivement. Je me suis rempli les yeux de peinture incroyable et sublime. De reproduction de grands classiques, surtout des Pré-Raphaelites, par exemple. Dans cette aile du château, il y avait beaucoup de choses qu'on pouvait voir au National Museum à Londres.

Et des grandes peintures romantiques, parfois surprenamment cubistes, par exemple. Mais c'était quand même très beau et c'était souvent cadré soit de cadres d'or, de vrai or, justement, très rococo. Complètement absurde, soit avec des cadres minimalistes, pratiquement de l'art moderne. Et effectivement, il y avait un peu de tout dans ces lieux.

Et je regardais un tableau à un moment. Et il y a une grande créature qui était probablement un dieu, qui avait des membres très très très fins. Et qui, un peu comme des pattes d'oiseaux. Mais ses bras et ses jambes avaient aussi des pattes d'oiseaux.

Il était tout noir et il y avait à peine deux petits yeux blancs sur une sorte de tige. Et il s'approchait de moi et il a dit, ah, vous êtes un invité et vous aimez l'art. Est-ce que vous savez qu'il y a un musée étrange, loin de ce château, un musée où il y a toutes les œuvres d'art de toute l'histoire de l'humanité ? Et je dis, ah bon ?

Et là, il y a Jean qui dit, non, il ne parle pas, il ne parle pas. Et je dis, ah bon, je ne vais pas, je suis désolé, j'ai un rendez-vous, je bafouille. Et la créature dit, mais vraiment, vous avez un rendez-vous, vous savez, je suis un dieu. Vous pouvez m'offrir le temps dont vous avez besoin et puis je peux vous montrer plein de choses.

Est-ce que ça vous intéresserait ? Et elle me tend une main qui est fine comme une baguette aussi. Et je dis, désolé, une prochaine fois peut-être. Et donc, je m'enfuis dans les couloirs avec Dian.

On se perd dans une sorte de labyrinthe, effectivement. Je dis, t'as entendu parler de ce musée ? Elle dit, pas du tout et c'était peut-être un mensonge, tu sais. Rappelle-toi que les dieux sont des anciens hommes, en plus des hommes qui n'ont pas accepté, qui n'ont pas été suffisamment sages pour accepter la mort.

Et on rencontre toutes sortes de types bizarres ici, complètement tordus. Mais moi, je pense que je ne suis pas très droite non plus. C'est pour ça que j'aime bien ce lieu. J'aime bien le danger, j'aime bien ce que j'y vois.

Mais toi, je ne te connais pas encore assez. On monte des escaliers, on va sur des petites portes de côté, des petites alcoves qui donnent lieu à des passages secrets, encore des escaliers. Et au fur et à mesure qu'on va dans le labyrinthe périphérique des tours du château, il y a de moins en moins de gens. Quand il y a des gens, c'est des serviteurs.

Parfois des serviteurs mutilés, parfois des animaux comme des perroquets ou des chats mystérieux qui se semblent perdus ou qui, au contraire, sont très bien chez eux et ils cherchent le silence. Et c'est vrai que le silence tombe. On entend le ressac de la mer d'en loin. Et à un moment, on se retrouve enfin dans un couloir de marbre et avec des lignes d'or sur les murs.

Et sur les côtés, il y a des balcons. Enfin, pas des balcons, il y a des balcons. Ils sont protégés par des rideaux très lourds en velours pourpre. Et Diane commence à les compter.

Ils sont sur notre droite. Un, deux, trois. Et elle dit le septième. Là, elle ouvre.

Effectivement, il n'y a personne. Elle souffle un peu comme si elle allait avoir un souci. Elle referme les rideaux. Et nous sommes sur un très beau balcon fleuri qui, presque à l'extrémité, on va dire d'une extrémité.

C'est l'autre côté du château. Et ils donnent sur la mer qui est en bas. Et c'est vraiment assez impressionnant parce qu'à la fois, il y a cette mer onirique qui est devant nous, dans laquelle se trace un chemin de lune parce qu'il y a la lumière de la lune qui est en haut. Et à la fois, à travers l'eau, quand on regarde bien, on voit les villes éclairées de la terre.

C'est-à-dire que la terre est en dessous de nous, la lune est au-dessus de nous. C'est vraiment... C'est beau et étrange et à 100% un rêve. Mais je tiens et j'arrive à ne pas me réjouir.

Je suis réveillé, voilà. On est en train de discuter. Il y a Diane qui pense à son inspiration. Et on entend une phrase.

On entend Alexis. Alexis. Alors, il y a Adam qui dit... Enfin, oui, les dieux peuvent savoir notre nom, mais pourquoi ils nous appelleraient ?

On ne va pas être tranquille. Essayons de l'ignorer. On a essayé de l'ignorer un petit peu. Mais là...

L'entité m'a appelé. Donc, j'ai dit, écoute, on doit y aller. On a suivi le chemin. Et c'était un chemin presque palpable de son.

Et on est arrivé dans une pièce qui était vraiment pas loin de l'alcove. Et là, c'était une grande pièce noire avec des étoiles peintes du sol au plafond. Et au milieu de la pièce, une table ronde. Et de l'autre côté de la table ronde, une personne humaine qui avait tout l'air d'une diseuse de bonne aventure.

Elle dit, oh, mais tu es avec Diane. Et Diane dit, je la connais, c'est une diseuse de bonne aventure. Et elle n'est pas très méchante, mais fais gaffe. Et n'oublie pas que tu peux toujours dire non.

Et la diseuse de bonne aventure dit, bien, viens, viens, Alexis. La première fois est gratuite, il paraît. Comme ce que tu as pris ce soir. Est-ce que tu veux que je te dise ton avenir ?

Alors, je dis, je ne sais pas. Est-ce que... Alors, je commence à la tricte parce que je me souviens de l'histoire du mec qui s'est jeté du pont. Et je lui dis, et si vous me dites mon avenir ?

Par exemple, que je vais avoir un accident de voiture et que je m'interdis d'aller dans des voitures. Est-ce que je vais changer mon avenir ? Elle dit, ça ne fonctionne pas comme ça. Quand je te tire les cartes, je te donne les clés pour réussir ton meilleur avenir.

Est-ce que ça t'intéresse ? Alors, je dis, Diane et Cémanito m'ont dit que rien n'était gratuit. Et que si tu me donnes... Si tu me dis mon avenir, je devrais payer quelque chose.

Alors, elle dit, oui, c'est vrai, c'est vrai, c'est vrai. Elle réfléchit un petit peu. Et elle dit... Je crois que tu es amoureux de...

Tu es amoureux, mais pas vraiment. Ce n'est pas du vraiment. Mais tu es amoureux de plusieurs personnes autour de toi. Est-ce que tu accepterais de renoncer à un des amours ?

Et en... Je te redonne... Je te donne... Je te dis...

Ta bonne aventure. Je dis, mais vous y gagnez quoi ? Elle dit, moi, c'est important parce que quand j'arrive à changer le destin d'une personne, je réaligne des choses. Et moi, ça m'intéresse.

Mais est-ce que tu seras capable de le faire ? Je dis, moi, je dois choisir... Elle dit, non, tu ne choisiras pas. C'est juste qu'il y a une personne...

Tu aimes plusieurs personnes. Il y en a une qui ne mourra pas. Simplement, vous ne vous aimerez plus. Alors, je dis juste, est-ce que ça peut ne pas être Sophia ?

Alors, elle dit... C'est trop facile, on ne choisit pas. Je réfléchis à Sophia et je me dis... Finalement, Sophia, je l'aime beaucoup.

Mais elle, elle ne veut pas de moi. Il y a eu tant d'occasions et tout. Et je me dis, en fait, si j'arrive à enlever... Si j'arrive à briser cette relation unilatérale amoureuse, peut-être, en fait, je gagne sur les deux plans.

C'est-à-dire, je renonce à mon amour. Mais tant mieux. Parce qu'en fait, elle dira, jamais oui. Et peut-être, je vais avoir la bonne aventure.

Ça peut être intéressant. En fait, plus que ça, j'avais une sorte de tentation. Ce que je suis en train de faire est une bêtise, d'accord ? Sur plein de plans.

Mais vous ne pouvez pas savoir comment la tentation était forte à ce moment-là. Et comme j'avais la tentation de l'aventure. Et j'avais aussi cette drogue qui me disait qu'en fait, tout va bien et que t'es le plus fort. J'avais envie de dire oui.

Et c'est comme si on était dans un film, dans un jeu. J'ai dit oui. Oui, il n'y a pas de problème. On va le faire.

Et j'ai fait une énorme bêtise, effectivement, ce jour-là. Mais peu importe. En tout cas, elle commence à tirer les cartes. Et ce n'est pas des cartes du tarot habituelles.

Déjà, elles sont dorées, elles brillent, elles sont dorées et noires. Et la voyante me dit, avant de retourner à la première carte, je t'ai dit que la première fois, c'était gratuit. Après, on a négocié un petit peu. Donc, je vais te dire quelque chose qui est très important.

J'espère que tu t'en souviendras quand tu te réveilleras. La première carte, elle la retourne. Et on voit des gens au cœur de la Terre. Et elle dit, tu seras sous la Terre.

Ensuite, elle retourne une autre carte. Et il y a un homme avec un masque. Et elle dit, tu vas rencontrer un gardien. C'est un gardien qui peut t'attaquer, qui peut te tuer, qui peut faire plein de choses négatives à ton sujet.

Ça, c'est important. Il faudra que tu fasses attention. Ça, c'est sûr ce qui va arriver. Maintenant.

Maintenant, tu vas choisir deux cartes. Et ces deux cartes, elles vont t'expliquer comment tu peux te sortir de cette situation. Donc, elles les mélangent bien. Elles les étalent devant moi.

Et je retourne la première carte. Et c'est Sol Invictus. Donc, un symbole romain très connu. Sol Invictus.

Qui signifie, c'était un culte, une religion, qui signifie le culte du soleil. Excuse-moi, c'est le soleil invaincu. Le soleil invaincu. Et elle retourne la deuxième carte.

Et là, on voit la lune. Et les deux cartes fusionnent devant moi. Et on voit la lune qui irradie. Et il y a marqué Luna Invicta.

Elle dit Luna Invicta. Je ne sais pas ce que ça veut dire. C'est ce qu'elle me dit. Je ne sais pas ce que ça veut dire.

Mais il faut que tu te souviennes de ça. Luna Invicta. Tu t'en souviendras ? Je dis oui.

Et là, j'entends une voix derrière moi. C'est le Kissé Manitou qui nous a retrouvés. Et... Il dit Luna Invicta.

J'ai entendu ce mot il y a très très longtemps. C'était quelque chose de très important pour un certain peuple. C'était la devise d'un peuple qui a disparu aujourd'hui. J'ai dit, ah ouais, c'est un peuple qui vénérait la lune.

Oui, oui, c'est ça. Et peut-être, il s'est réfugié sous la terre, c'est ça. Et il se retourne vers la voyante. La diseuse de Bonaventure.

Et il dit, tu extorques quoi pour lui faire... Pour lui faire dire la Bonaventure ? Pour que tu lui dises tout ça ? Alors elle dit, ah...

Rien du tout et tout. Il y a Dian qui pointe du doigt. Elle dit, si, il doit renoncer à un de ses amours. Alors Kissé Manitou dit, c'est un petit peu cher, non ?

Et la voyante dit, vous savez, il aime plein de gens. Ce ne sera qu'une seule personne. Et moi, ça peut être utile. Alors Kissé Manitou dit, je vais avoir une petite discussion avec notre amie la voyante.

Seule à seule, je vous propose de partir, de trouver un coin calme. Et Dian trouve... Un coin calme pour Alexis. D'accord ?

Et il tend la main vers moi, il la serre. Et il dit, Alexis, je n'ai pas d'amour particulier pour vous et je ne vous dois rien. Vous êtes l'amie de Dian qui est chère à mon cœur et à qui je dois quelque chose. Et donc, je suis très content de vous avoir rencontré.

Je vous souhaite bonne route. Je pense qu'on ne se reverra jamais. Et je serrais la main. Elle était vraiment très grande, très grosse main.

Je suis sorti. J'étais un petit peu en état de choc. J'ai dit, il va se passer quoi alors ? Elle dit, tu sais...

C'est que des excentriques ici. Si ça se trouve, ils nous mentent et tout est n'importe quoi. Mais bon, on est retournés sur le petit balcon ensemble. Et je lui dis, tu amènes parfois d'autres personnes ici ?

Elle me dit, en fait, tu sais, je suis une sorcière. J'essaie d'être une bonne sorcière. Une sorcière qui aide les gens, qui fait les bons sorts, etc. Et qui n'attire pas le malheur.

Et quand j'ai... Enfin, je voulais t'aider parce qu'il faut aider les gens. Mais tu es un gars qui t'a assassiné toutes les nuits. Et j'aurais aidé n'importe qui d'autre.

Donc, si je peux rencontrer des gens qui sont ouverts d'esprit, qui acceptent de faire le lien psychique, qui acceptent de croire aux sorciers, par exemple, qui acceptent de ne pas se réveiller comme tu le fais. Là, beaucoup de planètes se sont alignées, mystérieusement. Et on a réussi à en faire une bonne histoire dans un laps de cours très temps. Très, très, très court.

Dans un laps de temps très court, excuse-moi. Et... Mais ça n'arrive pas à chaque fois. Mais oui, j'ai cédé les gens.

Donc, la chose qui est un petit peu difficile, Alexis, c'est que pour moi, tu n'es pas très spécial. Mais ça ne veut pas dire qu'on ne va pas se revoir. Surtout sur ce balcon-là. Alors, elle montre la mer et la lune, etc.

Elle me dit, on ne peut pas être là, qui sait, moi, tous les soirs, quand le gars du rêve va revenir. Je dis, ah bon, il va revenir ? Oui, il va revenir. De la même façon que toi, quand tu as été tué, tu reviens.

Mais je vais te donner un truc pour que ça aille bien. Quand tu t'endormiras le soir, tu vas penser à ce balcon. Tu vas bien le mémoriser. Tu vas y penser.

Et en fait, parce qu'il y a un lien, parce que je vais faire les rites qu'il faut, tu vas te retrouver sur ce balcon. Et sur ce balcon, évidemment, la personne qui te poursuit, elle ne pourra jamais venir, ou en tout cas, elle mettra gravement sa vie en danger si elle le fait. Donc, elle choisira une autre cible. Une fois que tu es là, en fait, ton corps astral va se retrouver ici.

Et ce que tu vas faire, c'est que tu vois, il ne fait pas chaud, il ne fait pas froid, on est bien, on est dans un endroit qui a été imaginé par les dieux. Tu vas juste t'allonger par terre, en regardant la mer à travers les barreaux du balcon, et tu vas t'endormir. Et tu vas rêver que tu t'endors, et tu t'endormiras pour de bon. Et tu verras, c'est très rigolo, il n'y a aucune façon plus facile, de s'endormir que que de rêver qu'on s'endort.

Voilà. Et je lui dis en fait, comment dire, tu sais, mes parents, je les ai perdus, et je fais genre, c'est pas important, et j'ai l'impression qu'à chaque fois, il n'y a rien de plus important, et je suis désolé de t'en reparler, mais tu n'as pas eu la tentation quand même de demander à Kissé Manito de ramener tes parents. Et, enfin, ton père en tout cas, elle dit, bien sûr, je l'ai, et je l'ai toujours. Et en fait, il y a dans les couloirs de ce château des dieux, qu'ils savent, qu'ils connaissent ma peine, qui ont probablement reniflé la tienne, mais ils ne viendront pas ici, derrière ce rideau.

Et en fait, ils te feront la proposition si tu passes le rideau et que tu es assez inconscient pour le faire. Sache que si tu dors, tu t'endors, tu te retrouves ici, que je ne suis pas là, que tu ouvres les rideaux, ta vie est en danger. C'est vraiment, enfin, c'est pas ça, mais, tu as des dieux qui peuvent faire pire que te manger, je t'ai dit tout à l'heure, ils peuvent te plonger dans la folie, tu te réveilles et tu es complètement fou. Donc, c'est important de ne pas passer ce rideau, d'accord ?

Elle dit, super ton plan. Elle dit, c'est pas parfait, mais c'est temps que tu restes sur le balcon. C'est la seule chose à faire, tu t'en sortiras. On a un petit silence, et puis, elle dit, je n'ai pas d'affect particulier par rapport à toi, mais avec le temps, on va peut-être nouer des liens et je te déclarerai et t'expliquerai d'autres choses sur le royaume des rêves.

Mais là, tu en as déjà appris beaucoup pour une première fois. Je lui ai dit, tu ne m'as pas raconté la fin de ton histoire. Il s'est passé quoi ? Tu es rentré chez toi ensuite ?

Elle dit, non. En fait, j'ai rencontré le père de Salmane, Sandor. Salmane et moi, on lui a expliqué un petit peu ma situation. Et en fait, depuis, je vis chez eux, je suis à Paris.

Et d'ailleurs, tu as vu, je n'ai plus mon accent québécois. Je la regarde droit dans les yeux et je lui dis, écoute, merci pour tout ce que tu as fait pour moi. C'était une sacrée aventure. Je pense que je vais me réveiller et j'aurai vraiment l'impression d'avoir rêvé tout ça.

Peut-être d'ailleurs que tout est un rêve. Elle dit, peut-être, peut-être. Et en fait, je suis quand même très fatigué de toutes ces émotions, etc. Je n'ai pas envie de quitter ce château et j'ai envie de voir plein de choses encore.

Mais je ferme un instant, genre une seconde les yeux parce que, je ne sais pas, ils sont fatigués. Et je me réveille. Je me réveille et je suis dans mon lit avec la sensation extrême, extrêmement claire qu'effectivement, c'était très tangible et très vrai et pas du tout un rêve. Et j'ai quand même très, très mal à la tête parce que je n'ai pas beaucoup bu.

Il y a le soleil qui rentre dans la chambre. Il y a un soleil qui dit, il est 10h du matin. Et effectivement, ça frappe à ma porte aussi. Je bois un verre d'eau.

C'est V qui est derrière. Il dit, qu'est-ce qui se passe ? Je pensais que tu serais le premier au petit déjeuner ce matin, petit déjeuner d'hôtel et tout. Et là, l'heure est passée.

Il y a eu un problème. Il y a eu un problème. Il y a eu un problème. Il y a eu un problème.

Il y a eu un problème. Et je dis, écoute, je n'avais pas l'air très reposé parce que j'en ai fait des choses. J'ai dit, j'ai eu du mal à m'endormir et j'ai fait une nuit en pointillé. C'est pour ça que j'ai un petit peu, voilà.

Il dit, mais ça va ? Je dis, écoute, ça va, ça va. Et toi, tu as bien dormi ? Je dis, il m'a dit, moi, tout va bien.

Bon, on va prendre un ferry, paraît-il, nous a dit notre chère organisatrice de voyage. Donc, j'espère que tu es prêt. On a, j'ai fait mes bagages, on a fait le check-out. J'ai, enfin, j'étais un petit peu limite, j'étais endormi, j'avais encore le château dans la tête et tout, etc.

Et j'ai retrouvé le soleil souverain, Sol Invictus, Luna Invicta, mais Sol Invictus, soleil souverain du magnifique Barcelone qui était devant moi. Et on avait nos bagages. Moi, j'avais ce gros sac à dos. On a commandé un taxi et on est arrivé à la maison.

Alors, je ne sais pas si c'est à Barcelone même ou si c'était ailleurs, mais il y a une espèce d'immense complexe portuaire où il y avait à la fois des espèces d'énormes costes à croisière, des bateaux de touristes avec des voitures qui étaient chargées, etc. Des gros bateaux de frette, des grands docks, une activité incroyable, mais il y avait aussi ce qu'on allait prendre, c'est-à-dire qu'après avoir fait le flixbus de la discrétion, on allait faire le ferry de la discrétion. Donc, on fait la queue avec nos passeports sur, enfin, on est sur un banc de bois sous une espèce d'arche de béton qui est loin de la mer, dans les odeurs de gasoil, les cris de mouettes, etc. Et, en fait, autour de moi, je m'aperçois d'un truc, c'est qu'on est avec des, avec ce qu'on pourrait appeler des migrants ou plutôt des voyageurs.

C'est-à-dire qu'il y a une population très particulière de gens qui sont des sortes de voyageurs éternels. Ce sont des gens qui ne font pas trop attention à comment ils s'habillent ou ils sont très... dans la praticité absolue puisqu'ils vont d'un point A à un point B pour, d'ailleurs, des affaires mystérieuses ou tout simplement parce qu'ils aiment voyager ou alors ils ont de la famille un peu partout. Voilà. J'ai découvert ce type de faune humaine à cette occasion.

Donc, des gens qui avaient des gros sacs à dos tout ronds et des choses aussi insolites qu'un parapluie qui pendait. Ça ne me semblait pas très pratique et pourtant j'imagine que s'il pleut, un parapluie ça peut être utile. Et on détonnait un petit peu avec nos tenues, on va dire, un peu à la mode parce que c'était surtout des tenues pratiques qu'il y avait autour de nous. Il y avait beaucoup d'hommes et évidemment, il y avait quelques familles aussi.

On a fait la queue. On est tombé sur un fonctionnaire qui vraiment a pris beaucoup de temps à regarder nos passeports. Il nous a même posé des questions. Pourquoi vous allez à Tangier ?

J'apprends qu'on va à Tangier et c'est cool parce que je n'ai jamais vu Tangier. Tangier, ça me rappelle des films, des aventures extraordinaires. J'adore le nom de cette ville. En tout cas, on va voir si la ville, elle tient ses promesses.

Et il tamponne. Il nous dit, départ à 18h et on va avoir deux jours de ferry entre Barcelone et Tangier. Donc, on prend nos billets. On a nos billets.

On commence à... Enfin, on fait le tour d'eux. On va manger des petites sardines au barbecue pas loin. On n'avait pas vraiment envie de sardines ni de barbecue mais quand on est sortis de cet endroit où il y avait tout le monde qui attendait, une queue interminable, etc.

On a fait enfin nos billets. On est tombés. Enfin, on a senti cette odeur de barbecue sardine et c'était un mec qui faisait ça un peu à l'arrache au black, pas loin. Ça sentait tellement bon.

On a dit, tu sais quoi, ça va être sardine barbecue. Et il mettait une petite couche d'huile dessus et tout. La street food complètement insolite et pourtant tellement cohérente et tellement bonne. Et après, on a décidé, on était quand même chargés de nos bagages mais on ne voulait pas trop les laisser dans le coin.

On a trouvé un petit glacier pas trop loin et moi, vous savez, je vais te dire quelque chose. Eux, ils ont pris des glaces, genre fruit de la passion, je ne sais pas quoi. Moi, j'ai pris une bonne vieille glace à la vanille. Je suis désolé, je suis ultra vanillin sur le sujet et j'adore la vanille.

C'est vraiment trop bon. J'adore les trucs bruts, les trucs purs. Donc, je me suis régalé. On a passé beaucoup de temps à rire.

C'était vraiment très chaleureux. C'était vraiment les vacances et je crois... Alors, il y a d'autres moments dans le récit que je vais dire où j'ai dit que j'étais très heureux mais vraiment, sur le point de prendre un ferry, pourtant, dans une aventure mystérieuse, à manger une délicieuse glace à la vanille, à rire avec des gens que j'aime bien. Après cette espèce de visite onirique d'avoir fait le plus beau rêve du monde qui était un peu mystérieux, très aventurieux mais aussi très beau finalement, tu vois, une beauté terrible.

Vraiment, là, juste là, c'était un des plus beaux moments de ma vie. J'étais vraiment extrêmement heureux, presque euphorique et j'essayais de graver ces moments en disant tu vas souffrir dans le futur, c'est sûr, ça arrive, c'est fatal. Souviens-toi, grave ces moments, tu verras, ça te servira pour toujours, ce sera la lumière dans les ténèbres. Et cette lumière dans les ténèbres, effectivement, c'est étiolé peu à peu.

On est monté dans le ferry à 18h, il y avait un très très beau soleil couchant, le ferry allait partir plus tard, ils chargeaient aussi des voitures, ils chargeaient plein de gens, j'ai même vu des militaires avec des mitraillettes, voilà, des armes d'assaut, c'était pas très rigolo. Et on s'est un peu égayé, on a trouvé des enchambres, alors on avait le luxe, c'est pas le cas de tout le monde parce que c'est des ferries très low class, c'est-à-dire qu'il y a des gens, ils dorment par terre quasiment parfois, j'en parlerai un peu plus tard, mais aussi il y a des places assises, ils étaient assis pendant deux jours, on se balade quand même un peu, il y a aussi des pseudo-salons avec des fauteuils en cuir, on peut se poser, commander des choses et tout, donc le spectre du confort était assez large, mais il était plutôt vers le bas. En tout cas, nous, on avait ce luxe d'avoir des chambres, alors pas extraordinaires, d'une part, elles ne donnaient pas sur un hublot, et d'autre part, c'était des lits très rudimentaires, mais on avait chacun notre cabine, et puis c'était pas très gros, mais on avait chacun notre cabine, notre lit, notre douche, donc c'était plutôt cool, et on s'était donné rendez-vous sur le pont, et moi, je me suis un peu trompé, c'est-à-dire que j'ai monté trop d'escaliers, et du coup, je suis monté presque tout en haut, alors il y a plusieurs étages, mais j'étais à l'avant-dernière étage, et je me suis posé sur le bastingage en attendant de les chercher, je pensais que c'était le bon étage, et en fait, ils étaient en bas. Donc en gros, je suis au bastingage du haut, et eux, ils sont à un étage plus bas, et le bastingage plus bas, il est plus large, donc ils sont un peu devant moi, ils sont genre à 25 mètres, tu vois, et je prends mon aspiration pour dire « Eh oh, les gars ! » tu vois, et en fait, je les vois, ils me tournent le dos, ils sont appuyés sur la mer, ils regardent le soleil couchant, ils discutent, ils rigolent, et en fait, l'image, elle est flagrante, ils forment un très beau couple, et il y a plusieurs choses qui me reviennent en tête, notamment le prix que m'a demandé la voyante dans le palais des rêves, là, le fait que je perde un amour, je pensais que je ne l'aimerais plus, mais en fait, ce n'est pas tout à fait ce qui se passe, et je me demande si c'est ce que je pense ou pas, et en fait, la réalité, c'est que j'ai le cœur brisé, et ce n'est pas si grave, mais si, c'est quand même un peu grave, je trouve, voilà.