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slug: luna-invicta-025
title: "Luna Invicta - Episode 25"
series: "Luna Invicta"
episode: 25
pub_date: 2026-07-25
duration: "30:49"
link: "https://shows.acast.com/fiqtion/episodes/luna-invicta-episode-25"
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# Luna Invicta - Épisode 25

> Publié le 2026-07-25 · Durée : 30:49

J'étais sur le bastingage, il fallait bien que je les rejoigne, donc j'ai essayé de reprendre ma composition, je suis descendu d'un étage, je les ai retrouvés, ils étaient très heureux de me voir, « Eh, regarde le coucher de soleil ! » mais j'avais un petit peu la tête décomposée pour des choses qui tournaient dans ma tête, expliqué au dernier épisode, mais j'ose même pas le dire alors que je suis dans l'action. Donc ils s'inquiètent un peu, ils sont assez sympas, et je leur dis « Écoutez, je crois que j'ai le mal de mer », et je suis rentré dans ma chambre après m'excuser, ils ont dit « Ah, c'est dommage » et tout, mais bon, la journée avait été longue, c'était encore un peu les vacances, c'était la nuit, je leur laissais la soirée en plus, voilà, je suis sympa, et je vais aller dormir, et c'était un peu difficile d'aller dormir, il y avait plein de choses qui étaient dans ma tête, et à la fois, quand on est très fatigué, en tout cas c'est mon mécanisme de défense, pas quand on est fatigué, quand on a des soucis, mon mécanisme de défense c'était, genre, de m'endormir, ce que j'avais fait, effectivement, proverbialement, dans ma vie, et là, à la fois, j'avais une grande fatigue et l'impossibilité de dormir, à la fois des choses tournaient dans ma tête, et à la fois il fallait que je dorme, j'ai encore repris deux petits grains bleus du flacon de Gérard, et ça m'a fait du bien, ça m'a fait sentir bien, ça m'a fait relativiser les choses en disant « Il y a d'autres plaisirs dans la vie, d'autres joies », et je me suis endormi, je me suis endormi en suivant les consignes, c'est-à-dire en pensant au balcon sur le Palais des Dieux, là où je me suis retrouvé, très rapidement, alors c'était beaucoup moins fort qu'hier, c'était un peu diffus, un peu comme si j'avais regardé un film avec un petit grain, mais j'y étais quand même, les deux rideaux étaient fermés, personne ne m'appelait, il y avait à la fois le ressac à l'extérieur du navire dans lequel je dormais, à la fois le ressac de la mer et la terre en dessous, il n'y avait pas de viande ni personne, j'ai suivi ces consignes, je me suis allongé sur le balcon, il n'était pas froid, j'ai regardé la mer à travers les barreaux et les étoiles, et je me suis endormi, et ça s'est bien passé, j'ai encore passé une bonne nuit de sommeil, telle que j'en avais besoin, et j'avais beaucoup de sommeil en retard, donc je commençais à me soigner un petit peu, et effectivement la fatigue, elle fait voir tout en noir quoi qu'il arrive, et je me suis réveillé, alors dans la nuit, pour faire un pipi, et après j'ai fait une grasse mat, mais genre colossale encore, donc 10h11, ils ont dû croire que j'étais un peu fatigué, et quand je les ai retrouvés, ils étaient un peu séparés, donc Vladimir regardait la mer, et Sophia, elle était dans une sorte de salon un peu crado, qui était face à un couloir, enfin il y avait une sorte de couloir avec une moquette, voilà, douteuse, marron, années 80, avec quelques fauteuils, et elle était dedans en train de lire je ne sais pas quoi, et Vladimir était un peu plus loin, donc le fait qu'ils n'étaient pas ensemble, déjà je... c'était plus supportable pour moi, et je leur dis bonjour et tout, et je regarde mon téléphone, donc pour ceux qui s'interrogent sur le fait que j'avais changé de téléphone, mais je recevais comme des appels, en fait j'étais simplement passé chez Orange, j'avais repris mon téléphone, et ça avait resynchro, je ne sais pas par quelle magie, tout, donc en tout cas, j'avais même des numéros que j'avais effacés, qui étaient réapparus, peu importe, mais en tout cas c'était deux personnes que vous connaissez, enfin une que moi, ni vous connaissez, ni moi, ni moi, ni moi, ni moi, ni moi, ni moi, ni moi, ni moi, ni moi, ni moi, ni moi. Mais ça a un lien avec toute cette histoire, j'ai reçu un appel d'une personne qui se trouve au tribunal, et qui me disait que ma requête avait été acceptée, et que le procès aurait lieu, je ne sais pas, une date c'était dans trois mois, donc j'ai dit ok, j'ai le time, mais c'est cool, ça veut dire que ça marche, et peut-être dans trois mois, ça y est, j'aurai plus de soucis d'argent pendant dix ans, et je pourrais bien me réfléchir à des choses, et je me suis couché, c'était l'apocalypse, et là je me mets dans un fauteuil, et les choses vont quand même beaucoup mieux, et le deuxième message, alors improbable, Iskandar, alors Iskandar c'est le gars qui nous a amené en blabla car de Paris à Marseille, où on a vécu plein d'aventures ensemble, il m'appelle, au début je ne le reconnais pas, et à un moment il explique, c'est très décousu, mais en gros il dit je suis Iskandar, tu t'en souviens, et en fait Iskandar nous appelle, et il dit ouais, je voudrais parler à ton pote, qui est une sorte de mec qui connait en histoire et tout, parce que j'ai un truc, je n'ai pas osé vous le dire, mais ça m'intéressait, en fait, dans la famille on a une carte, une sorte de carte au trésor, tu vois, et on m'a toujours dit c'est une carte au trésor, et enfin je ne vous connaissais pas trop, donc je ne vous ai pas trop vous en parler, j'en ai parlé à des gens, ils s'en foutent un peu, et je voulais juste savoir, si vous êtes encore à Marseille, juste si vous pouvez passer par Nice, quand vous êtes à Nice, vous pouvez passer un petit coup de fil, je vous montre ça, puis peut-être ça va inspirer des trucs, et si toutefois... Si toutefois c'est un truc au trésor, je ne sais pas, on fait moite-moite, vous voyez ce que je veux dire, voilà, donc si tu as un petit message, tu me rappelles, ok, donc je lui ai envoyé un petit message en disant, on n'est pas tout à fait près de Nice, mais si on passe près de Nice, voilà, je t'en parle, et je note mentalement d'en parler à V, mais en vrai, j'oublie, j'oublie complètement, ça me passe, voilà, je retrouve finalement des gens que j'avais quittés en mode trahison, Sophia et V, et en fait, je me rappelle que ce sont mes amis, tout simplement, et c'est cool, et on blague un peu, et on parle à la fois de la vie à Paris, V nous parle de la vie à Saint-Pétersbourg, et, enfin, comment dire, Sophia nous parle des gars qui sont un peu chelous à North Star, et à un moment, elle parle d'un gars, d'un Américain, et je crois qu'elle a eu une aventure avec lui, que c'était il y a très longtemps, voilà, mais elle n'en dit pas trop, et on mange, on achète des sandwiches. Sur le bateau, genre sandwich triangle, pas ouf, mais bon, c'est comme ça, quand il faut aller faire pipi, il y a des sortes de toilettes depuis l'extérieur, voilà, ça tangue beaucoup, c'est un truc, et je me calme un peu de ma blessure émotionnelle d'hier, et je sais qu'à un moment, on est dans le milieu de l'après-midi, le soleil tape, et on est au milieu de la Méditerranée, et on voit, il n'y a que la mer autour de nous, et je me souviens que j'ai fait le tour du bateau, et c'était vraiment formidable, parce qu'on peut faire vraiment le tour du bateau à l'extérieur, et il y avait la mer de partout, c'est-à-dire qu'on était au milieu de la mer, enfin, c'est aussi effrayant d'une certaine façon, si le bateau coule, comment on fait, voilà, et qu'il y a aussi des profondeurs insondables dessous, tu vois, c'est tout bleu, mais il y a ce côté, enfin, c'est une expérience nouvelle, et je trouvais ça fantastique, et au loin, parfois, il y avait un nuage qui dérivait, et on voyait qu'il pleuvait, il y avait une sorte de rideau gris un peu penché, et parfois, il y avait des jolis nuages, vous savez, quand le dessous, il est très plat, et après, il s'est cotonné au-dessus, c'est vraiment très joli aussi, et vraiment, merveille des merveilles, vraiment merveille des merveilles, je ne vous mens pas, je l'ai vu, vers 18h, le soleil tombait un petit peu, on était loin du soleil couchant, et là, il y a des dauphins qui ont sauté à côté du bateau, et vraiment, ils allaient à la même vitesse que le bateau, peut-être un peu plus lent, peut-être un peu plus rapide, je ne sais pas, tu vois, mais j'en ai vu. Et c'était vraiment super, et je n'ai même pas pris mon téléphone pour photographier, genre, j'ai profité de l'instant en mode, mais c'est trop bien, et donc, voilà, c'était vraiment une très très chouette journée, pleine de bonnes petites choses, et je me suis couché le soir beaucoup plus guigré, ce qu'on a fait avec V, c'est qu'il a dégoté, je ne sais pas où, un paquet de cartes, et il a dit, on va jouer à un jeu, et en fait, le jeu auquel on a joué, qui avait un nom pas possible, donc, en gros, il m'a dit, je vais vous apprendre un jeu, qui s'appelle le trouco, vraiment, je veux dire quelque chose, si vous avez un pote qui connaît le trouco, et que vous ne connaissez pas le trouco, sachez que vous allez passer la meilleure soirée de votre vie, je vais vous dire pourquoi, donc, en gros, il me dit, je vais vous apprendre le trouco, alors, je dis, mais c'est quoi le trouco, il me dit, c'est le jeu, il me dit, c'est le jeu qui est le plus joué dans le monde, après les osselets, est-ce que tu es au courant, je dis, ah bon, alors, vraiment, je n'ai jamais entendu parler, Sophia, pareil, elle dit, alors, je sais que les osselets, ils jouaient beaucoup dans l'antiquité, je crois qu'au jeu, aussi, dans beaucoup de pays, on y joue encore, mais alors, le trouco, ça ne me dit rien du tout, quoi, et, en fait, il avait acheté un paquet, parce qu'on est d'Espagne, et c'était un jeu, un jeu de cartes qui n'est pas comme nous, il n'y a pas des carreaux ou des trèfles, il y a des, je ne sais pas comment ça s'appelle, des épées, des coupes, des, je ne sais pas quoi, des jetons ou des pièces, en tout cas, donc, déjà, le jeu, il est un peu étrange, mais, ok, on peut jouer, tu vois, on pourrait faire, je ne sais pas, une bataille, et donc, là, il commence à nous expliquer le trouco, et, je ne suis pas un con, mais, un truc est sûr, c'est que Sophia, elle n'est vraiment pas conne, gros cerveau, tu vois, et on se penche, et, vraiment, on ne comprend rien, on ne comprend rien, il nous dit, alors, vraiment, il voit notre regard vide, tu vois, mais, en plus, vraiment, mais, je vous dis, allez sur Wikipédia regarder les règles du trouco, on ne comprenait rien, donc, ok, on était assis par terre, au milieu du couloir, avec la moquette moche, tu vois, on allait se prendre des moisissures, ou je ne sais pas quoi, il y a des gens qui passaient, qui regardaient, il y a même un gars qui est passé, il a dit, oh, on fait une partie de trouco, c'était trop bien, tu vois, et, donc, il dit, vous inquiétez pas, on va faire un premier tour, ce sera simple, il distribue les cartes, moi, j'ai des cartes en main, je ne sais pas quoi faire, tu vois, vraiment, je ne sais pas quoi faire, et, Sophia, elle rigole, elle dit, trouco, tu vois, parce qu'en fait, c'est un truc, c'est un truc, c'est un truc, c'est un truc, c'est un truc, c'est un truc, c'est un truc, c'est un truc vraiment, il faut dire trouco, tu vois, et on ne comprenait rien du tout, et on s'est mis tous à rigoler, et V, il a dit, écoutez, j'abandonne, j'abandonne, et il allait faire, comment se appelle une réussite, tout seul dans son coin, c'était rigolo, et, bah, j'ai, comment dire, j'ai pris un bouquin qui traînait, c'était un guide de, pas de Tangier, mais de Alger, non, pas de Alger, c'était un guide de Marrakech, excusez-moi, donc, ça n'allait me servir à rien, parce qu'on n'a pas passé par Marrakech, mais voilà, et je me suis mis, sur le, sur le pont, à bouquiner ça, sur une chaise, jusqu'à ce qu'il fasse quand même un petit peu froid, que le, les étoiles apparaissent dans le ciel, j'ai quand même guetté quelques, quelques dauphins en se récouchant, parce que ça aurait été vraiment trop bien, et puis après, je leur ai dit, bonne nuit, V était encore en train de faire ses réussites, et, sauf qu'elle était déjà allée se coucher, donc on est, on est, on était allé se coucher, donc c'était, c'est une bonne journée, je me suis couché à une bien meilleure disposition, et, et je me suis dit en me couchant, que la vie était belle, j'ai fait le rituel, pour pouvoir dormir sur le balcon du Palais des Dieux, et ça s'est très bien passé, je me suis réveillé tôt, et je me suis réveillé tellement tôt, que, j'ai rencontré Vladimir au petit-déj, il était content, et il m'a proposé de faire un footing autour de, du bateau, ce qu'on a fait, et que d'autres personnes nous ont, nous ont rencontré, et tout, après, j'ai pris à nouveau une bonne douche, on, la journée allait être tranquille, et, on est allé, on allait arriver, vraiment, un peu plus tard que le coucher du soleil, genre vers 9h du soir, et, il m'est arrivé quelque chose de remarquable, donc il faut que je vous en parle, donc, j'étais, j'étais accoudé, côté ombre, d'ailleurs, plutôt côté nord, du, du navire, on va dire, donc, tribord, et je, je guettais les éventuels dauphins, mais ils sont plutôt côté éclairé, et, enfin, côté éclairé, je dis, le soleil tape, voilà, ce côté-là, et, là, il y a un gars, qui vient, un gars normal, ok, un gars normal, pour l'instant, il est normal, il s'approche de moi, et, il dit, alors, vous allez à Tangier ? Je dis, ben, ouais, apparemment, et, vous allez, c'est quoi, c'est, c'est un peu de visite, et tout, et, moi, j'ai un petit sourire mystérieux, je dis, écoutez, je peux pas vous dire, je suis en mission secrète, tu vois, alors, il dit, ah, c'est intéressant, et tout, et, là, il commence à me parler, il me dit, j'ai fait ceci, j'ai fait cela, je viens d'ici, tu vois, je crois qu'il est de Paris, et, j'arrête de l'écouter, je regarde son visage, et j'essaie de pas le regarder intensément, mais je regarde son visage, et mon cœur est en train de battre très très fort. Le gars, il a le visage des, de ce que Sam appelait le synarchos, c'est-à-dire, de ce voyageur temporel, c'est-à-dire, tu sais, le gars qui est, en voyage temporel, il remonte dans le temps, il va ailleurs, et tout, le gars était devant moi, le gars était devant moi, tu vois, et, je me dis, urgence totale, il faut que je prenne une photo, que je l'envoie à Sam, qu'il confirme que c'est ça, parce que c'est incroyable, tu vois, et à la fois, j'y croyais pas trop de fou, mais voilà, et je lui dis, ça vous dérangerait pas de me dire votre prénom, moi, je m'appelle Alexis, et tout, il me serre la main, il dit, écoutez, je me la pète pas, j'ai un prénom un peu, un peu fancy, d'accord ? Je dis, ok, pas de problème, il me dit, mon prénom, c'est Severius, je dis, waouh, on dirait un truc de roman, et il me dit, en fait, c'est pas tout à fait mon prénom original, mais il est stylé, non ? On a le droit de changer de nom, on vit dans une époque où on peut changer de nom, j'ai dit, écoutez, si je devais changer de nom, je pense que Severius serait sur mon top 10, et j'ai fait, genre, vous êtes vraiment sympa, on pourrait prendre un selfie ? Et le mec, il dit, mais bien sûr, tu vois, et il prend mon téléphone, et on fait un selfie, tout, et je dis, waouh, putain, je vais tellement épater ça, mais tout, et je lui dis, et vous allez où, et vous faites quoi ? Et là, il me dit, il me coupe, il me dit, Alexis, moi, je suis pas quelqu'un, je suis pas un homme de bien, c'est-à-dire que, il va peut-être me tuer, ça y est, c'est pour ça qu'il a pris une photo et tout, il me dit, je suis pas un homme de bien, et tu sais, c'est ce moment où il dit ça, où il y a un petit courant d'air froid, où le soleil tombe un peu, tu vois, il y a un nuage qui passe, j'ai dit, ah, qu'est-ce qu'il se passe ? Et donc, il dit, je suis pas un homme de bien, au sens que je vais pas aider une vieille grand-mère à traverser la route, je vais pas me détourner de mon chemin pour aider quelqu'un dans le besoin, parce que moi aussi, j'ai des missions, et moi aussi, j'ai des choses dans ma vie, et je suis un homme pressé. Mais je crois que vous êtes quelqu'un de bien, donc je voulais vous dire quelque chose, parce que j'aime bien que des choses amusantes se passent, et surtout quand des gens de bien comme vous sont soumis à des dilemmes. Est-ce que vous êtes prêts à m'écouter ? J'ai dit, écoutez, moi, je dis, est-ce que vous allez me tuer ? Et il me dit, mais non, pourquoi ? Et je dis, non, je suis que j'ai une idée, comme ça. D'accord. Et donc, il me dit, vous savez, habituellement, quand on prend un ferri comme ça, il y a une classe, vraiment, genre, pas cher, de chez pas cher, où, en fait, on n'a pas de chambre, on est sur des sortes de places assises, et en vrai, on dort par terre. Et vous voyez, c'est tout là-haut, au troisième étage, en plus, juste à côté de la machinerie et tout. Et il vend pas de billets. Moi, ça m'a intrigué, tu vois. Et moi, j'ai dit, bah ouais, c'est vrai qu'on a vu que c'était interdit, et ça a gêné vachement de gens qui voulaient le prendre, ouais. Et il dit, moi, par curiosité, je suis monté, et vous savez ce que j'ai vu ? Et moi, j'étais là, j'étais suspendu, tu vois. Vous avez vu quoi, tu vois ? Il me dit, j'ai vu des militaires. Je dis, ah ouais, c'est vrai qu'il y avait des militaires. Des militaires français. Et c'est vrai qu'il y avait des militaires qui étaient montés en même temps que nous. Et ce qui est bizarre, en fait, sur un bateau. Et il me dit, en fait, c'est un transport de prisonniers. Et je crois, je crois qu'ils sont en train d'expulser, genre, des OQTF ou je sais pas quoi, et ils les ont mis là-haut, là, dans le carré, assis, surveillés par des militaires pour pas qu'ils s'en aillent. Et en fait, ils vont genre les mettre au Maroc, ou je sais pas où, ou même les escorter plus loin, quoi. Mais c'est chelou, quoi, qu'ils passent par des ferries, en plus, partant de l'Espagne et tout. Qu'est-ce que vous en pensez ? Je dis, ouais, c'est chelou. Et je me dis, mais pourquoi il me dit ça ? Pourquoi ? Pourquoi ? Et à la fois, je disais, mais ouais, c'est... Enfin, comment dire ? C'est... C'est pas normal, tu vois ? Il me dit, moi, je suis pas français. Mais vous en pensez quoi de cette politique migratoire, d'expulsion et tout ? Vous avez un avis sur le sujet ? J'ai dit, écoutez, je suis assez jeune et j'ai pas trop suivi ça de près. Mais... Donc je tremble un peu et il me dit, est-ce que, comme le pape François Ier, vous allez vous battre pour les migrants ? Vous allez faire en sorte qu'ils meurent pas en mer ? Est-ce que c'est ça, votre combat ? J'ai dit, écoutez, vous en attendez beaucoup de moi, quand même. Il me dit, du coup, vous êtes comme moi, vous laissez les gens sur le côté de la route, mais c'est très bien, c'est très bien. Et... Il me serre la main et il me dit, et surtout, bon séjour à Tangier. Et ça m'a un peu énervé. Mais qu'est-ce que j'allais faire ? Tordre les fusils des militaires ? Cela dit, dans ces cas-là, moi, je... En général, je sous-traite. Donc, je gère sur le bateau et je retrouve V, alors qu'il était, genre, on était au milieu de l'après-midi. Donc, on allait arriver dans quelques heures et le drame allait arriver dans quelques heures. Et je dis, voilà, qu'est-ce que t'en penses ? On m'a dit qu'il y avait des militaires, des militaires, voilà. Et lui, tout de suite, genre, il dresse les oreilles comme un limier et je me dis, c'est chouette parce qu'en fait, c'est un peu comme pour Dorian. Quand je dois faire le bien, mais que j'ose pas, j'ai qu'à appeler V, il fait les trucs. Et je dis, en vrai, j'ai participé au bien. J'ai fait ma part. Et donc, lui, il dresse, il dit, et il y a plein de choses qui l'énervent dans tout ça. Les militaires, les expulsions, les migrants, il n'y a rien qui va. Et il dit, salaud de Macron. Et donc, il monte, genre, il monte, alors, on monte ensemble au deuxième point, et donc, c'est au troisième point que ça se passe. Et effectivement, il y a les militaires, ils sont quatre. Ils sont aux quatre coins d'une salle carré avec des baies vitrées de partout où il y a les places assises, entre guillemets, où on voit personne qui est sur les places assises, ils doivent être assis par terre, en fait. Et lui, vraiment, comme dans un jeu vidéo, il monte et il se cale, enfin, il est dans l'angle mort, tu vois, il regarde, je le vois vraiment monter à quatre pattes comme un chat et il regarde par la fenêtre, il redescend et il dit, bordel de merde ! Il y a des mecs, ils sont, genre, attachés avec des menottes et tout, comme des chiens. Je dis, ah ouais, ouais, tu penses pas qu'on devrait appeler la police ? Et là, c'est comme si je l'avais gileté. Il dit, mais c'est eux, la police ? Enfin, je veux dire, c'est les militaires ? Qu'est-ce que tu vas dire ? Il n'y a même pas de policiers, tu vas appeler quoi ? Les policiers marocains ? Et, bon. Je lui dis, peut-être on pourrait prendre des photos, documenter ça, on envoie ça à Mediapart. Et vraiment, il me regarde comme si j'étais un abruti, quoi. Il dit, on va attendre que le soleil se couche, on va les libérer et c'est tout. Je dis, et c'est tout. Et il n'y a pas un militaire qui va te tirer dessus. Ils ne vont pas tuer quelqu'un parce que j'ai libéré trois mecs. Il va peut-être tirer sur eux. Il me dit, c'est possible. J'adore sa façon de positiver. Et là, tu vois, j'étais passé par un moment d'inquiétude absolue puis après d'extase compensatoire. Et là, je retombais dans une inquiétude absolue en mode mais vraiment, pourquoi je lui en ai parlé ? Pourquoi je lui en ai parlé ? On allait être à Tangier, on allait kiffer notre life. J'allais manger des petits couscous. Et là, je vais me retrouver dans une prison. Alors, deux choses. Soit je fais genre, je l'ignore et je ne suis pas dans la combine et il est venu avec nous, mais c'est un russe, monsieur, c'est des fous et tout. Je pourrais faire ça. Ce n'est pas très cool, mais c'est une bonne solution. Soit je le suis et je me connais. Je suis un connard, je vais le suivre. Et là, je vais me faire tirer dessus et je vais mourir. Et je repense aux petits couscous, aux couscous poissons. Je pensais à ça. J'en ai l'eau à la bouche d'y penser. Et je tourne. Je tourne en rond. Alors, on est deux à tourner en rond. Pas au même endroit. Il y a V qui réfléchit à un plan, qui fait toutes les solutions, toutes les possibilités possibles. Et moi, je tourne en rond en disant, est-ce que j'y vais ? Est-ce que je n'y vais pas ? Je n'ai pas envie. Mais il va me dire que je sais que je vais le suivre parce que moi, je suis un suiveur. Et je crois qu'il y a Sophia qui nous regardait tourner en rond chacun de notre côté en disant je suis avec deux dingues. Mais bon. Qu'est-ce qu'il se passe ? Il y a V qui me dit, voilà le plan. Tu vas aller voir le gars qui est dans ce coin-là, le militaire. Et tu vas lui dire, waouh, vous êtes français et tout. Et tu lui tapes la discute. C'est tout ce que tu as à faire. Vraiment, tu n'as rien à faire d'autre. Tout le reste, je gère. Je dis, d'accord, mais s'il ne veut pas parler. Il dit, vraiment, tu veux que je te dise ce qu'il faut que je fasse s'il ne veut pas parler ? Alors je dis, bah ouais, dis-moi un plan B. Ok. Alors, il dit, je ne le dis pas. Il le note sur un bout de papier et il le plie en quatre et il me le met dans ma main. Il dit, tu ne regardes pas ce papier, d'accord ? Je dis, ok. Il dit, si toutefois, il refuse de te parler, tu lis ce qu'il y a sur ce papier et tout va bien, tout va se passer. Et quand je prends le papier en main, je tremble un peu et il voit vraiment, il dit, il met sa main et c'est très agréable. J'adore qu'on ait des... des gestes tendres avec moi, ça m'a beaucoup manqué. Et il me dit, hey, tout ça, c'est un jeu. Et surtout, Alexis, je vais te dire quelque chose, on prend des risques, mais pas tant que ça. Et surtout, ce qui est très important, c'est que tu es du bon côté de l'histoire, tu comprends ? Pas de l'histoire avec un grand H, mais de la petite histoire. On va faire un truc bien et ça, c'est le plus important. Ce soir, on va se coucher, on aura peut-être pris quelques coups, on aura peut-être eu très peur, mais on va se coucher et tu pourras dire, bordel, j'ai fait un truc bien, tu comprends ? Et je me dis, en fait, j'ai eu trop de chance de rencontrer ce gars. C'est lui le héros de l'histoire. C'est lui qui fait tout. Il est trop fort, tu vois. J'ai vraiment de l'admiration pour ce gars, tu vois. Donc, je monte, vois, et effectivement, il avait une tête de français. Je dis, salut, je m'appelle Alexis et il est assez pro, mais je vois qu'il s'emmerde un peu. Et il dit, salut. Et donc, je commence à dire, en fait, je sais pas trop, mais vous avez l'air d'un français, alors je voulais savoir et tout. Et il est sur ses gardes, tu vois. Il dit, ouais, ouais, on est français, mais vous pouvez pas être à cet étage, il faut redescendre. Alors, je redescends un peu sur, genre, deux marches d'escalier, mais je suis, genre, hé, je suis plus là. Je dis, non, en fait, il y a pas beaucoup de français sur le ferry, est-ce qu'on peut parler et tout ? Et là, il dit, non. Alors, je sais que ailleurs, là, il se passe un truc. Il y a, genre, je sais qu'il y avait, qu'il est en train de gérer des trucs, il est en train de rentrer, je sais pas ce qu'il est en train de faire, de défoncer les monotes, je sais pas quoi. Et là, j'ai plus rien à dire au gars. Donc, j'ouvre le, je déplie le papier. Et donc, même lui, il regarde un peu que je suis en train de déplier un papier. Et ce con de V, il a écrit, si le mec refuse de, enfin, n'est pas intéressé par ta discussion, si le mec n'est pas intéressé par ta discussion, tu cries à la Ouagbar et tu lui donnes un coup de pouce. Et j'ai dit, mais je vais me faire mitrailler, quoi. Alors, je range le truc et je dis, vous connaissez le trouco ? Et là, miracle. Miracle. Le mec, le mec, il vient d'Argentine ou je sais pas quoi. Et il dit, ah ouais, je connais bien le trouco. Et ses yeux stylés, fort de dingue. Et il dit, ouais, ouais, je connais bien. Et je dis, je ne comprends pas. Et il me dit, ouais, les règles, c'est un peu compliqué. Il dit, parce qu'il y a un gars en Espagne, il a essayé de m'expliquer et vraiment, j'ai pas compris. Et d'ailleurs, quand est-ce qu'on dit trouco ? Et là, il réfléchit, il regarde en l'air. En fait, il est un peu content de me parler parce que je pense qu'il est grave chier, tu vois. Et il y a même un gars à notre qui me regarde et qui commence à arriver, tu vois, vers nous. Et il lui dit, mais tu fais quoi ? Enfin, lui, il dit, j'explique le trouco. Il dit, c'est quoi le trouco ? Tout le monde parlait du trouco. Et comment ça s'appelle ? Il y a en bas de l'escalier, il y a V qui m'appelle et il dit, hé, tu fais quoi ? Et tout. Je dis, excusez-moi, j'ai mon pote qui est là. Et il m'a dit, t'es pas le seul français. Je dis, je suis avec lui, mais c'est un demeuré. Et donc, je descends. Et je lui dis, alors, ils sont libérés ou quoi ? Il m'a dit, non, mais on a un super plan. Je lui dis, OK. Et je lui dis, tu sais, ton papier là, ça se trouve, il serait en train de m'abattre. Et il met la main sur l'épaule, il dit, je sais que tu vaux mieux que ça, quand même. C'était une petite farce. Et je lui dis, mais c'est pas du tout une farce rigolote. Bon, en tout cas, le navire arrive au port et je lui dis, mais ils sont où, les gars ? T'as fait quoi, en fait ? Il dit, mais tu vas voir. Donc, on arrive au port. Et tu sais, quand on arrive au port, le bateau, il fait pouf, pouf, et tout. Et on voit ce magnifique coucher de soleil sur la Méditerranée, Gibraltar, cette Méditerranée qui part vers l'Atlantique. Je crois même qu'on est déjà dans l'Atlantique. Un grand port. Alors, pas forcément glamour, une belle ville illuminée, tout ça. Elle est plutôt, on l'a déjà dépassée, elle est à l'est d'ici. Mais on arrive dans un grand port commercial avec d'autres super tankers, d'autres ferries qui partent plutôt pour l'Espagne et le Portugal. Ou quelques-uns en plus mauvais état. Vers le sud de l'Afrique. Et le soleil se couche définitivement, dernier rayon de soleil, alors qu'on est à 300 mètres du quai. Et là, on entend des cris en haut. Parce que qu'est-ce qu'a fait V ? V, il a ouvert la porte. Il a ouvert, enfin, il a cassé toutes les menottes. Et tous les mecs qui étaient dedans, ils sautent, enfin, ils descendent les escaliers, alors que les gens, les militaires, ils disent stop. Mais en fait, tout le monde est sur le pont, ils vont pas tirer dedans. Et là, ils vont sur le bastingage et ils sautent dans l'eau. Genre, ils font un saut, genre de 25 mètres, je sais pas, tu vois. Plouf, plouf, plouf. Ils disparaissent sous l'eau. Parce qu'il faut qu'ils aillent vite, parce qu'il y a les putains d'hélices qui vont les découper en morceaux, tu vois. Évidemment, les militaires, ils se font un passage et tout. Et lui, V, il donne des coups d'épaule pour les empêcher de passer et tout. Il dit, vous êtes qui ? Vous cherchez des embrouilles. Et puis, ils se font repousser et tout. Les gars, ils regardent. Ils ont le fusil en joue et tout. Et les autres, ils réapparaissent, parce qu'il faut bien qu'ils prennent de l'air, tu vois, je sais pas, à 20 mètres, 30 mètres et tout. Ils sont habillés et tout. Ils sont en train de nager dans l'eau et c'est compliqué pour eux. Le militaire, il les met en joue et il y a un des gars qui dit, bon, on va pas leur tirer dessus quand même. C'est pas l'Indonésie, tu vois. Et le... C'est pas l'Indochine, plutôt, je devrais dire, plutôt que l'Indonésie. Mais ils font pas appeler ça l'Indochine. Je vous expliquerai pourquoi. Parce qu'un jour, j'ai un oncle qui a tué sur... Enfin, qui était en Indochine et tout. Et c'était une longue histoire sur ce sujet. Mais voilà, en tout cas, on n'est pas face à des conflits militaires, même si on avait deux ou trois qui voulaient les attraper. De toute façon, eux, ils allaient aller juste en face où il y a une espèce de quai. Donc, il y a un gars, il commence à passer des coups de fil. Il y a un autre qui est en train de monter au capitaine en mode... Il faut absolument appareiller le plus... Enfin, accoster, excusez-moi, accoster le plus tôt possible parce qu'on doit récupérer les gars qui sont enfuis. Et moi, je suis assez content. Donc, je leur fais des... Allez-y, les gars ! Tu vois ? Et je vais vous dire quelque chose. C'est qu'à un moment, il y a un gars, il se retourne et il nous fait un geste, genre, tu sais, un pouce en l'air, genre, bravo, tu vois. Enfin, un gars qui est dans l'eau. Parce qu'on l'a aidé, tu vois. Et le gars, je reconnais son visage. Je reconnais son visage. Je me tourne vers V. Je dis, mais je le connais ? Il dit, bien sûr qu'on le connaît. Tu ne l'as pas reconnu ? J'ai dit, ben non. Il dit, c'est le gars avec lequel je me suis embrouillé dans la station de service avec Dorian. Je dis, quoi ? C'est les indépendantistes de l'ISER, c'est ça ? Et il me dit, exactement. Tous les gars, ils étaient là-bas, ils étaient enfermés. Je ne crois pas que ce soit des OQPTF ni des Fichiers S. C'est un autre truc, tu vois. Et je dis, mais si ça se trouve, c'est des gars super dangereux. Il dit, mais non, tu sais, quand l'armée, elle détient des gars sous prison, c'est rarement les gars qui sont les méchants de l'histoire. C'est toujours les militaires les méchants, crois-moi. Je suis quelqu'un qui a subi malheureusement la guerre et l'armée. Voilà. Et j'ai quand même un sentiment étrange. Mais bon. Moi, j'aurais vécu une aventure. Mais là où V m'a un petit peu arnaqué, c'est que ce soir, je vais me coucher et en fait, je vais me poser beaucoup de questions sur le fait que j'ai fait la bonne chose ou pas. Mais bon. Et on descend malgré tout. Il y a un militaire qui parle de moi à un autre gars en me montrant. Mais finalement, ils abandonnent, tu vois. Peut-être qu'en fait, ils s'en foutent. Ils voulaient juste apporter les gens là. J'en sais rien. Je veux plus savoir. C'est plus mon problème, en tout cas. Demain, le plan, c'est qu'on passe une nuit à Tangier. On loue une voiture le lendemain. Ça m'excitait un peu. J'avais envie de conduire un peu. J'en parlerai demain. Et j'ai pris une... On a pris un hôtel très sympa. Alors, plutôt côté port et zone industrielle, donc pas la folie Tangier, quoi. J'ai quand même demandé à ce qu'on ait notre petit couscous poisson. Et nous l'avons eu, mais dans une gargote pas ouf. Un peu piège à touristes commerciaux industriels, tu vois. Genre, ça ressemblait à un bon couscous de Paris, mais pas le truc authentique que j'aurais voulu. Mais j'avais... Nerveusement, c'était un peu compliqué, quand même, tout ce qui s'était passé. Donc, j'ai pas creusé l'histoire. Et je me suis couché dans mon lit en maudissant un petit peu V. J'ai pris mon téléphone. J'ai acheté un forfait maroc-orange. Et je suis allé sur Wikipédia. Je suis allé sur la page Troucault, qui faisait deux kilomètres de long. Et j'ai dit, je me couche pas tant que j'ai pas compris le Troucault. Et je crois que je me suis endormi trois minutes après.
