Luna Invicta - Episode 58
Cet été FibreTigre vous propose un voyage quotidien, dont voici l'épisode 58.
Luna Invicta 58 Dans la nuit, somme toute agréable, Marie a pleuré dans son sommeil. J'ai essayé de la caliner mais elle m'a repoussé dans son sommeil. Comme quoi elle a des trucs à régler, je pense. Et j'ai quand même bien dormi.
On va dire, j'ai fait abstraction d'une personne qui souffrait à côté de moi. Je pouvais rien faire. Et je me suis réveillé le matin et là elle n'était plus là. Et je me souvenais qu'une fois, j'avais aussi passé une nuit et elle avait pleuré.
Et quand je m'étais réveillé le matin, elle était plus là, elle avait disparu et c'est son truc. Et c'était chaud, c'était dur. Dur à encaisser quoi tu vois. Je me suis fait une raison.
Donc je suis allé, j'ai pris une douche, je suis descendu. Il y avait un petit déj mais le gars à la réception, il m'a dit vachement gentiment qu'il y avait un moyen beaucoup plus cool de prendre le petit déj. C'était de monter tout en haut. Au dernier étage.
Et effectivement, il y avait... C'est un truc un peu... Je crois que j'avais vécu ça à Rome ou pas. Je me souviens un peu, c'était il y a longtemps.
Enfin c'était il y a pas longtemps mais c'était... C'était passé tant de choses depuis. Donc j'ai monté un petit escalier en collimation et avec un cappuccino. Et quand je suis arrivé sur la terrasse, il n'y avait personne sauf une personne, Marie qui était là.
Et qu'elle aussi avait terminé son expresso, son cappuccino et qui m'a fait un petit sourire et un petit geste de la main. Et j'étais content de la voir et qu'elle n'était pas partie. Et j'ai fait... Elle m'a dit t'as eu peur que je sois parti.
J'ai dit bah ce serait pas la première fois. Elle m'a dit tu aurais fait quoi ? J'ai dit bah rien, j'aurais... J'aurais rien à dire, t'es libre de skewer ce que tu veux.
Et elle me dit c'est pas mal ça. Elle me dit c'est bien de laisser de la liberté aux gens. C'est comme ça qu'ils reviennent vers toi. Là je dis bah écoute...
C'est bien. Et elle me dit dis-moi le gars à qui tu veux rendre service là. Je le connais. Et c'est pas que je sais pas mentir, mais c'est à chaque fois je me pose la question est-ce que je dois mentir ou pas et...
Et donc... Et le gars en l'occurrence il s'est fait une rire. Qu'elle déteste parce que c'est le magicien qui a trouvé son prénom. Donc je vais pas lui dire et comme j'hésite elle dit c'est bon ok d'accord je vois tu vois.
Elle voyait pas qui mais elle voyait qu'elle le savait donc elle le saurait un jour. Pourquoi que je pense qu'elle serait loin d'imaginer la réalité d'ailleurs tout ça. Et elle me dit mais tu rends souvent des petits services aux gens comme ça. Alors j'ai dit ouais et j'ai commencé à dire c'est un peu long à t'expliquer mais en gros récemment j'étais à Alzheimer's City pour voir un oncle mais en fait je règle d'un truc pour pour une copine.
Elle me dit une copine. Voyez-vous ça le serveur remontait elle a commandé un nouvel expresso et un croissant italien qui sont pas très bons d'ailleurs. Et elle me dit t'as ton permis. La réalité c'est que j'avais pas mon permis mais que j'adorais conduire et j'aurais adoré qu'elle me confie un truc à base de conduite.
Et j'ai un peu financé. Et j'ai dit non seulement je sais conduire mais je pense que je suis un des meilleurs conducteurs qui existent. Ce qui n'est pas un mensonge tu vois mais elle est trop intelligente pour comprendre pour comprendre les trucs tu vois donc j'essayais de mentir j'avais de mon mieux. On a on va dire gaiement déjeuner puis après on est descendu vers le port.
Donc la ville avec des petites rues étroites, tortueuses, parfois droites, des boutiques. Ce moment dans les villes italiennes touristiques quand il fait suffisamment tôt, le décor touristique n'est pas encore placé. C'est à dire les magasins sont pas encore ouverts, les gens sont pas encore prêts. Il y a une espèce de ville qui s'anime, qui se réveille et qui dit non on ne regardait pas le décor on est en train de tout mettre en place.
Bon ils s'en foutent complètement mais il y a cette idée là tu vois de mise en place du théâtre. Effectivement les touristes du monde entier sont encore en train de prendre leur petit déjeuner mais nous il était tôt. Et les rues se sont ouvertes de plus en plus, elles sont illuminées de plus en plus, jusqu'à ce qu'on arrive à une espèce de carré portuaire où il y avait vraiment tout type de bateaux, des grands voiliers de tourisme, souvent qui étaient d'ailleurs ancrés à quelques distances, des ferries, des bateaux de croisière et bien entendu les innombrables bateaux des gens locaux, que ce soit des petits voiliers, des petites barques à moteur mais aussi des pêcheurs qui vendaient d'ailleurs le produit de leur pêche juste devant leur bateau et c'était derrière même s'il était plutôt tôt, c'était d'ailleurs un petit peu tard pour choper des poissons et je la vois avec son italien incroyable, fluide quoi, à parler avec les gens et à me trouver quelqu'un qui voudrait bien m'emmener à Altabianca. Et c'est intéressant parce que je ne parle pas l'italien même si l'italien c'est un peu genre la voiture au écassat tu vois, pour dire la voiture n'est pas en marche mais tu vois c'est un peu ça l'italien, et donc la recherche de quelqu'un pour m'emmener à Altabianca ça a été galère.
Il y a des gens qui disaient je suis pas au courant ou comment t'es au courant, non j'irai pas, c'est des connards, c'est combien, non c'est pas assez bien, et on avait pris un petit budget pour faire une traversée, on savait pas où était l'île, de 80 euros et finalement on a trouvé un certain Gennaro, qui est un vieux bonhomme, qui a dit moi je les aime pas mais je serais pas contre un peu d'argent, je suis un peu à court, et qui nous a demandé pas moins de 150 euros pour faire un aller et un retour, c'est à dire en fait il fait l'aller il me dépose là bas, et ensuite il reviendrait me chercher sur les coups de 18 heures. Alors Marie elle était un peu curieuse, et je lui ai dit écoute en vrai ça a pas l'air d'être très touristique et très accueillant, mais elle dit t'as raison, et je vais faire, elle m'a dit je vais visiter un petit peu la ville, peut-être les musées, peut-être un peu de magasins, peut-être quelques glaces, et pendant que toi tu vas être sur ton île nulle, et on se retrouve ce soir ici à 18 heures. Et donc je suis parti avec Gennaro, qui pensait que je parlais parfaitement italien, donc il a raconté plein de trucs en italien, heureusement il y avait les embruns, et il avait une petite barque bleue, on va dire qu'il remontait sur les deux côtés anciennes avec un moteur, mais le moteur était dans la barque, c'est-à-dire qu'il y avait un moteur qui était dans la barque, c'était un moteur qui était au milieu de la barque et qui passait sous la barque d'une certaine façon, et qui allait assez vite. Il y avait une petite houle, voire même, vous savez la houle c'est des vagues qui sont un peu douces comme des collines, et là c'était un peu plus énervé, c'est la houle plus plus, où les vagues ne ressemblaient pas à des collines, mais plutôt à des pics écumeux, et on avançait à la 4ème, et là on a vu qu'il y avait des vagues, à des pics écumeux, et on avançait à la cape, c'est-à-dire à 90 degrés entre les vagues, l'eau de la mer en Italie est absolument magnifique, alors évidemment près de la ville parfois c'est un petit peu ténébreux, pollué, mais dès qu'on est à 200, 300, 400 mètres, 1 km, ça devient un bleu acier profond, magnifique, le ciel est magnifique, les nuages sont blancs, il y a des mouettes qui nous suivent, des petits poissons qui sautent par-dessus une vague, vraiment c'est merveilleux, il ne manque plus que les dauphins, et la Méditerranée c'est vraiment un endroit merveilleux, que j'avais visité de l'intérieur, en Libye, et finalement on s'éloigne de Capri, on s'éloigne d'Ischia, et il y a un petit rocher au loin à l'horizon, Gennaro me dit sans ambiguïté, ben là c'est la Alta Bianca, regarde c'est là, et on y va, et cette île qui n'existe pas sur les cartes prend forme, prend forme comme un tableau ancien, avec des cyprés, une île un peu symétrique, un petit village au milieu, une sorte de paysage figé dans le temps, voire même peut-être ici et là une petite colonne blanche à moitié écoulée d'un temple, des champs de blé, qui sont moissonnés, mais dont les petites pointes sont courbées un petit peu sous le vent, et on n'est pas dans les 5 terres, mais ces espèces d'immeubles, maisons à plusieurs étages, qui sont sur le bord de mer, très droites, parfois colorées, et à vue de nez, sur Alta Bianca il y a un petit village, il y a 50 habitants, je suis allé voir avec un quai de pierre, un seul quai avec quelques petits bateaux, qui sont dans le style de Gennaro, et il me dépose sur le quai, je lui dis merci, merci, et il me dit quelque chose qui doit être, je te rejoins à 18h, et j'arrive sur le village d'Alta Bianca, et là il y a un choc, et je comprends en fait le problème d'Alta Bianca, le fait que, donc il y a un choc, c'est que je ne suis pas dans une ville moderne, où il n'y a pas d'électricité, je ne vois pas, alors il y a une fontaine, il y a l'eau courante, mais il n'y a pas de poteaux électriques, et il n'y a pas de réverbères, il n'y a pas de panneaux, il n'y a pas de routes goudronnées, on est perdu dans un petit village, tel qu'il y en a plein dans le monde, la majorité des villages sont comme ça, mais en Europe, je ne sais pas si il y a des villages sans électricité, ils n'ont pas de frigo, c'est un peu étrange, et il y a des gens, ils me regardent comme si j'étais un éléphant au milieu des Champs Élysées, je sens vraiment, étonné, outré, que je sois là, il n'y a pas de touristes, et il y a même un vieux qui passe, et commence à me parler, autant je ne comprends pas l'italien, autant je suis certain qu'il ne parle même pas en italien, il parle dans une sorte de dialecte, j'imagine le corse de l'italien, le corse du français, c'est déjà pas compréhensible, c'est un peu mort, pourtant on n'était pas loin, je voyais la côte, je voyais Naples, loin, une petite pointe noire à l'horizon, et j'avais l'impression d'être dans un autre pays, autre règle, je massais sur un banc, pour regarder ce qu'il y a autour de moi, pour comprendre, parce que j'étais là pour chercher une église, et prendre un truc sur l'hôtel de l'église, déjà, vu l'ambiance du lieu, je me dis, il faut que si je dois prendre un truc, je le prendrais à 17h55, parce que sinon ils vont m'étriper sur place, mais gros problème, il n'y a pas d'église, il n'y a pas d'église, et quand les heures passent, ça ne sonne pas, ding ding, tu vois, il faut que je me fasse des amis, et c'est une mission impossible, même à un moment, il y a trois petits vieux qui viennent, la population n'est pas mega jeune, ils me délogent de mon banc, ils disent, c'est notre place, ils m'approchent à côté, et les heures passent, et je vois des jeunes, je vois des filles, qui jouent avec une espèce de balle, c'est comme un ballon de foot, mais c'est en cuir, c'est un ballon qui date des années 60, vous voyez, j'entends, et c'est marrant parce que c'est des filles qui jouent au foot, on pourrait penser que c'est des garçons, et je me souviens d'un texte que j'avais lu il y a très longtemps, durant ma période un petit peu comateuse, parce que je lisais beaucoup de textes sur l'Antiquité, mes parents ils aimaient beaucoup ça, l'histoire antique, et à l'époque, au temps des Grecs, les garçons ils étaient au gymnase, ils faisaient de la lutte et tout, et les filles jouaient plutôt au ballon, c'est marrant parce qu'aujourd'hui le ballon de foot, c'est plutôt un sport vu pour des garçons, en tout cas au moment où je vous parle, peut-être dans 10 ans ça va changer, et j'ai un peu faim vers midi, et en fait je me dis, est-ce qu'ils prennent les euros ?
Donc je rentre dans la boulangerie, je fais la queue, et là vraiment les gens me regardent, comme si j'étais un tueur, un mec vraiment indésirable, et je m'aperçois qu'il n'y a pas d'argent, c'est-à-dire que le mec il vient, il parle en italien corse, et la personne lui donne un pain, un pain rond, et le mec se casse, il n'a pas payé rien, il n'y a pas de casse enregistreuse, rien, et en fait quand j'arrive devant le comptoir, il n'y a que du pain, il n'y a pas d'écroissants, rien, il y a un gros pain ou un petit pain, je montre un petit pain, et il me dit non, du coup je n'ai pas le droit au pain, donc je reviens dehors, je ne suis pas à mourir de faim, j'aime bien meilleurs manger, et c'est un peu triste, de la boulangerie sans rien à manger, il y a quelques coupes, quelques enfants qui m'ont vu et qui ont dit quand même, on ne le traite pas bien ce monsieur, j'ai senti un petit peu d'empathie, mais pas suffisamment, pour qu'il y en a qui me donnent un peu de pain, et j'ai commencé à faire un tour de l'île, donc l'île, je pense que si j'avais eu 2 jours, j'aurais pu en faire le tour à pied, et aussi depuis le village, qui en fait, le village il était sur une sorte de petite falaise, à 5-10 mètres de hauteur, donc le quai, une fois qu'on était au quai, on montait un petit escalier très mignon, et là ensuite, l'île elle descendait devant nous, jusqu'à ce qu'il y ait une sorte de formation rocheuse au loin, plein ouest, qui était je pense les limites de l'île, et il y avait, depuis cette formation rocheuse d'ailleurs, une sorte de source qui tombait, qui a eu un petit filet d'eau qui allait jusqu'au village, qui était creusée, qui passait sous terre du village, donc il y avait une sorte de puits où les gens donnaient, et puis qui sortaient jusque dans la mer, non loin du quai d'ailleurs, et donc j'avais une vue sur 60% de l'île, depuis le village, surtout depuis un petit promontoire, où les gens se rencontraient parfois, et je voyais des champs cultivés, je voyais des petits bosquets, je voyais un petit temple à moitié écroulé dans un coin limite, on avait déplacé les colonnes parce qu'il gênait la culture, et en vrai, rien d'autre. Dans le doute, je vais aller voir le petit temple écroulé, des colonnes blanches, recouvertes à moitié de terre, au sol, la tête tombée d'une Vénus de Milo, oubliée j'imagine, je sais pas, je pense que c'est une tête de statue qui doit avoir de la valeur, mais ils sont ailleurs ces gens là, et depuis le temple, je vois pas grand chose d'autre, la source tombe en cascade à quelques distances, et en fait, je reviens, et quand je reviens, il y avait un petit bout de pain sur le banc, donc il y avait au moins quelqu'un qui a eu un petit peu de compassion pour moi, donc je mange le bout de pain, petit bout par petit bout, tout est en sein, et c'était un pain ancien, c'est-à-dire il était un peu plus dur, il avait un goût profond de céréales, mais il était pas du tout sucré, il était même entre amer et salé, je le mâche, parce que c'est un sacré boulot de manger ce pain là, mais au moins il me nourrissait bien, et il se passe quelque chose, c'est que j'entends des cloches, j'entends les cloches, ding dong, ding dong, et les gens commencent à sortir de leur maison et d'avancer doucement sur un chemin qui va à travers les champs, et là je me dis, ça y est, c'est l'église, mais je me voyais pas rentrer dans l'église avec eux, donc je les regarde passer, et j'essaye surtout, là j'avais compris que j'étais un peu rejeté, j'essaye de disparaître, je me mets les épaules bas, je bouge pas, j'ai mon bout de pain, sois content d'avoir ton bout de pain et que tu te tires pas dessus à coups de fusil. C'était pas un lieu déserté par la technologie parce qu'il y avait un ou deux gamins qui avaient des t-shirts, notamment les filles, des clips de foot, modernes, et j'entendais parfois dans une maison une radio, donc ils avaient une forme qui avait une permeabilité, parce que de temps en temps ils allaient à nappe, et aussi j'avais remarqué que c'était un peu trois, quatre familles, pas plus, tu vois. Il y avait une famille un petit peu isolée qui était en dehors du gros du village qui vivait dans une petite ferme, et je me dis, bah, regardons où ils vont, mais là, ça sonne aussi, c'est mon alarme qui sonne, en fait il était 17h45, c'est-à-dire qu'il fallait que j'aille sur le quai parce qu'on allait venir me chercher, et effectivement, quand je suis arrivé, enfin je suis allé sur le quai, j'ai regardé à peu près la direction où ils allaient, mais je pouvais pas dire.
Je suis allé sur le quai, et là Gennaro était en train d'arriver, donc ponctuel, nickel. Je remonte sur le petit bateau, Gennaro, il me dit des trucs, mais je comprends rien, mais il se moque un peu de moi, il voit qu'en fait j'ai pas passé une bonne journée, et effectivement, Marie m'attend sur le quai, et j'ai vraiment une mine, vraiment terrible, je lui ai dit avant toute chose, il faut que je mange, parce que j'ai mangé juste un footpain sur cette île de merde, donc on est allé se manger une autre pizza, et cette fois-ci, j'ai pris une pizza Margherita, et elle m'a parlé d'une glace au citron qu'elle a mangé, qui était absolument délicieuse, elle m'a fait très envie, alors j'ai dit, juste après on prend la glace au citron, entre ces pizzas et ces glaces au citron, je lui ai parlé de mes malheurs, et elle dit, mais t'es venu chercher quoi ? et j'ai dit, bah il y a une sorte d'église, et il faut que je ramène un objet, elle me dit, tu vas voler un objet ? j'ai dit, alors je pensais pas que ça va être un vol, mais vu l'amabilité des gens, ils vont certainement le prendre comme ça, et elle me dit, t'as pas peur ? et j'ai dit, ouais j'ai peur, et mais tu vas le faire ? j'ai dit, il faut que j'y réfléchisse, et il fallait que j'y réfléchisse un petit peu, et la nuit, on a bien mangé, on a rigolé, on s'est baladé un petit peu, on a pris des selfies, j'ai un compte Instagram maintenant, mais je ne vais pas, parce que ça me déprime de voir des gens qui m'insultent, c'était un peu dur, on a repassé une nuit qui allait, Marie a encore pleuré dans la nuit, j'ai peur qu'elle pleure toutes les nuits, j'en ai pas parlé quand même, parce que j'étais content, on avait trouvé un mode de fonctionnement qui allait bien, on s'est levé tôt, et elle m'a dit, c'est quoi ton plan ? j'ai dit, je vais acheter un ballon de foot, parce qu'il y a des jeunes, ils aiment le foot, et ils ont un ballon de merde, et je pense que je vais acheter une tente, et de quoi camper là-bas, et surtout, putain, je vais prendre des barres énergétiques, la bouffe, n'importe quoi, des boîtes de conserve, je sais que je ne suis pas autonome là-bas, et elle me dit, t'as pas peur de jamais revenir ? je lui ai dit, si je ne reviens pas, je t'appelle la police, elle me dit, t'as pas peur, je lui ai dit, ça va, on est en Europe, il y a des coins de l'Italie, c'est compliqué, c'est comme il y a des coins en France, c'est compliqué, et je lui ai dit, toi tu vas faire quoi ? j'ai toujours à m'occuper, figure-toi, mais aujourd'hui, je pense que je vais aller sur la plage, me baigner, et t'attendre à 18h, et que tu reviennes avec ta petite mine défaite, en disant, j'ai pas réussi encore, et puis bon, de toute façon ton billet de retour il est demain, c'est ça ? j'ai dit, ouais, c'était vrai que c'était mon dernier jour, donc j'avais un ballon sous le bras, une énorme tente, une grosse tente de 2 secondes, j'avais dépensé toute ma thune, je pensais que je reviendrais, je reviendrais avec un petit bénéfice, mais pas du tout, j'ai laissé ici un peu d'argent à ma chère Marie, qui m'a renego avec Gennaro, qui était très content lui de se faire 150 balles par jour, et il attendait même le troisième jour je pense, et on retourne, balade merveilleuse, et ça papote, et quand je reviens avec ma tente, heureusement, je crois qu'ils ne savent pas ce que j'avais dans la main, j'ai une sorte de gros sac plat, circulaire, ils ne se doutaient pas trop de ce que c'était, mais au moins, ils voyaient que, un, je ne disais pas grand-chose, je ne demandais rien, j'acceptais les règles, j'étais pacifique, je n'allais pas les faire chier, ils vont peut-être se dire, ah c'est un ornithologue et tout, et j'ai décidé de me trouver un petit endroit tranquille sachant que j'avais demandé, j'avais négo, parce que je savais que je pouvais y aller à 6 heures, parce que je me suis dit, si ça se trouve, je ne trouverais jamais à l'église, donc, j'avais dit à Gennaro, tu viens à 6 heures, et si je ne suis pas là, tu reviens à minuit, et il a fallu négo, mais de ouf, avec lui, parce qu'il ne voulait pas aller dans la nuit, c'était dangereux, on ne sait pas, et en plus, minuit, ça veut dire quoi ? je vais transporter des cadavres et tout, et là, tout le reste de ma thune c'est parti, je ne sais pas, peut-être 300 euros, j'ai dit, je n'ai plus rien, mon gars, c'est terminé, je suis à sac, ok ? c'est terminé, je n'ai même pas de quoi payer une glace demain, ok ? donc, c'est comme ça qu'on a négo, et j'ai posé ma tente à l'ombre des colonnes, qui était à moitié enfouie dans une sorte de terrain vague, et j'ai un petit peu attendu dans ma tente, et j'adore là, j'adore le camping, je dois vous dire quelque chose, j'ai pas pratiqué beaucoup, mais ce côté, t'as ton petit univers qui tient sur un mètre carré, et tout ce qu'il faut pour ta vie, ça tient sur un mètre carré, c'est ultra rassurant, c'est-à-dire que dans la vie, souvent, le discours de la société, ça va être, il faut avoir un métier, il faut avoir beaucoup d'argent, il faut acheter plein de choses, il faut avoir tellement de choses qu'il faut plusieurs pièces dans la maison, il faut plein d'objets qui prennent de la place, plein de vêtements, il faut jeter ses vêtements et remettre, et tout d'un coup, en fait, le camping, ça te remet dans une dimension où t'as, genre, 2 mètres carrés autour de toi, dans 2 mètres carrés, t'as toute ta vie, toute ta bouffe, toutes tes vêtements, toutes tes médicaments, tout est là, tu vois. Et en vrai, tu peux tout empacter dans un sac, le mettre sur ton dos, et te balader, et t'as tout ce qu'il y a besoin pour vivre, sur toi. C'est libérateur, c'est vraiment révolutionnaire, au sens de la révolution, on se bat dans la rue et on dit, on en peut plus de Macron, tu vois, c'est vraiment fantastique.
Et puis à ce moment, on va dire, d'intimité avec moi-même, qui était vraiment très agréable, au moment où, en fait, avant de partir, dans le... me poser ma tante, j'ai évidemment lancé le ballon auprès des jeunes, des jeunes enfants, enfin, il y avait 3 filles et un garçon, et en fait, ils étaient ultra contents, c'était Noël pour eux, genre je ne pouvais pas faire le plus beau cadeau pour eux, à tel point, que j'ai spoté les parents, qui ne savaient pas trop comment réagir, parce que à la fois, c'était un peu, je les achetais et c'était pas faux, mais en fait, en vrai, je voulais vraiment leur faire plaisir, et à la fois, ils ont été tellement heureux d'avoir un beau ballon blanc et noir, là, vraiment, comme il y a, j'imagine, dans leur iconographie de foot, mais vraiment, c'était tellement extraordinaire pour eux, qu'ils n'ont pas pu dire à leurs enfants, non, c'est le cadeau d'un gars qu'on n'aime pas, tu vois, et finalement, ils m'avaient donné un petit bout de pain et je leur ai donné un ballon, et en vrai, un ballon, c'est pas très cher, tu vois, mais c'était montrer que je payais mes dettes et j'étais généreux, tu vois, je faisais tout, j'ai compris, je serais jamais dans votre clan, mais au moins, je suis pas là pour vous faire chier, je suis là pour vous faire plaisir. Donc, j'ai posé ma tente, je me suis reposé un petit peu, parce que c'était pas la peine de se presser et je voulais aussi qu'ils m'oublient, que je ne sois plus un problème, tu vois, et j'entendais les cris de joie des enfants de temps en temps, et j'ai commencé, enfin, j'ai pris mes petites barres nutritives, ma petite gourde, et j'ai commencé à arpenter l'île, qui doit pas être gigantesque, tu vois, et je vais trouver cette église, parce que c'est une église quand même, c'est une cloche et tout, et l'île, enfin, il n'y a pas de lieu caché dans l'île, tout est accessible, et je ne vois pas d'église, comme si elle était invisible, tu vois, il y a une église quelque part, mais je la vois pas, elle me crève les yeux, mais je la vois pas, tu vois, je tourne, je passe un petit pont de pierre au-dessus de la micro rivière, tu vois, je traverse des champs, je vais dans le petit bois, mais le petit bois, il est, enfin, il n'y a même pas caché une église dedans, tu vois, j'essaie de voir entre deux grandes formations rocheuses, mais je vois que la mer, c'est-à-dire que de l'autre côté, il y a la mer, tu vois, je retiens pas une anfractuosité, une grotte, etc., je trouve pas d'église, c'est mort, tu vois, et je retourne dans ma tente, je vais bouclier un peu, parce qu'il est genre 17h, Gennaro va venir, et ben, c'est bien, parce qu'il y a des gens, ils vont croire peut-être que je suis parti avec lui, tu vois, ça c'est super, mais en fait, je vais rester dans ma tente, et je vais attendre que ça passe. 18h sonne, et j'entends l'église, qui sonne, donc, discrètement, déjà, je repère le son, tu vois, et discrètement, j'avance, et genre, j'avance, genre, je me cache derrière les trons d'arbres, etc., et les gens regardent pas trop dans ma direction, donc, a priori, je suis pas trop remarqué, mais on sait jamais, tu vois, et je vois des petites processions, les gens deux par deux, par famille, et tout, les enfants étaient là avec le ballon, encore, et il y en avait une qui le portait sous le bras, et ils étaient deux, trois, tu vois, à se le chamailler, de temps en temps, et effectivement, ils suivent un chemin, et ce chemin longe la rivière, remonte, remonte jusqu'au moment où la source fait une petite cascade, et comme dans les jeux vidéo, comme dans les dessins animés, comme dans les romans d'aventure, en fait, ils y passent derrière la cascade, mais genre, pas en la traversant, c'est un chemin qui contourne, en fait, et il y a effectivement une petite entrée, et c'est une église qui est trop glodite, creusée dans la roche, tu vois, que j'aurais pas pu trouver qu'un peu cachée. Je me dis que c'est pas le moment de les suivre, je rentre tranquillement dans ma tente, et j'attends, j'attends, j'ai jusqu'à minuit, tu vois, et je calcule, je dis, allez, comme ça, j'ai une heure de rab, donc à 11 heures, je vais voir Gennaro, tu vois, enfin, je vais sur le quai, il me faut une demi-heure pour aller sur le quai, il me faut une demi-heure pour aller, voilà, c'est un rétro-planning un petit peu, et je mets toujours beaucoup de marge, et à un moment, la nuit est bien tombée, le silence est vraiment total, il y a quelques oiseaux de mer qui piaillent, tu vois, il y a effectivement les vagues qu'on entend loin, la rivière, les insectes de nuit, le vent, mais en vrai, genre, ils ont fait leur prière, ils sont mangés, ils se sont couchés, trop bien. Je rebonte le chemin, je passe vers la cascade, j'ai alors tout le chemin extérieur, je le fais avec la lumière des étoiles et de la lune, et ça marche très très bien quand t'as les pupilles très dilatées, tu vois, au bout d'un moment, quand tu t'es fait au noir, et je rentre dans cette église Trouglodite, qui est une église romane, taillée dans la roche, c'est pas des piliers, mais par contre, ça a les proportions d'une église romane, donc assez ramassée, il y a des vitraux, il y a un hôtel, c'est assez primitif, et le vitrail est assez surprenant, parce qu'on voit des loups qui hurlent à la lune, donc un poster de John Hallyday avec des huskies, mais en vitrail, donc j'exagère, mais c'est très primitif, tu vois, et il y a marqué Fenrir, tu vois, Fenrir, et en dessous, il y a marqué un mot latin, que je vais traduire avec Tchaatjpt, qui veut dire le chasseur, Fenrir le chasseur, waouh !
Et donc le loup, c'est très mystérieux, et je retrouve quand même le style que j'ai vu à la fois au Caire et à la fois à Paris, de ces églises un petit peu primitives ramassées, où il y avait des vitraux un petit peu païens, un petit peu étranges. Effectivement, sur l'hôtel, donc il y a une grande croix, très ornée, presque en gothique flamboyant, en or, et sur l'hôtel, il y a, entre autres, il y a des petits colis fichés, il y a une sorte de reliquaire, des restes d'un saint, j'imagine, mais il y a ce que je cherche, c'est-à-dire il y a un petit support, et il y a une baguette, on va dire de 2, 3 cm de large, et de 20, 95, 30 cm de long, peut-être 20 cm, tu vois. Très lourde, je la soulève, et vraiment, c'est du fer lourd, tu vois, du plomb, je sais pas, peut-être il y a de l'or dedans. En tout cas, c'est très dense, et c'est exactement la description du truc.
Je la soulève, elle est lourde, je la repose, et là, je masse sur un banc et je réfléchis. Donc, j'ai ma lampe torche, tu vois, je l'éteins et je réfléchis. Et je me dis, je me dis, en fait, ça leur appartient, c'est vachement important, pourquoi je le volerais ? Fenrir, il a dit que c'était à lui, et c'est vrai qu'il y a marqué Fenrir, mais c'est peut-être une coïncidence, tu vois, je sais pas, peut-être que depuis le début il me prépare à ça, et son nom c'est pas Fenrir, il me casse les couilles, tu vois, et je me sentais pas du tout de faire ça, pour deux raisons, une raison altruiste qui est, j'ai pas envie de voler ces gens, et une raison plus humaine et bêta et faible, que, en fait, j'avais peur qu'il s'énerve contre moi et qu'il me tue, tu vois, et j'étais très, je vais pas le faire, et en fait, le temps passait, le moment où je devais rentrer s'approchait, et en fait, à un moment, j'avais même plus le temps de rentrer à ma tente et de repartir parce que j'aurais pas eu le temps, donc il fallait que je cours, tu vois, et je me suis dit, et en fait, je sais pas, je me suis levé, je l'ai pris, et j'ai dit, et tu sais quoi, je serais pas venu pour rien, j'ai pas envie de rentrer, j'avais l'impression que j'allais me faire juger, tu vois, et j'avais une pression invisible, tu vois, et j'ai dit, je le fais, il m'a dit que je le ferais, donc je le fais, tu vois, ça me semblait, en fait, depuis le début, il m'a parlé, il m'a dit, il y a une île, alors qu'il n'y avait pas d'île, et finalement, il y a une île, je voulais pas le faire, et finalement, je l'ai fait, tu vois, ce côté, c'était un prophète qui disait les choses et ça les rendait vrais, tu vois, et donc, je me lève, je réfléchis pas, tu vois, je me dis, si tu réfléchis, t'es foutu, je le prends, je le mets quelque part dans une poche suffisamment longue, tu vois, et je commence à, je sors, et là, je vois une eau plantorche d'un gars qui venait non pas du village, mais il venait de l'endroit où était ma tante, et il m'avait vu, donc, il vient vers moi, et en fait, c'était le père d'une des filles qui a eu le ballon, tu vois, il commence à me parler, je comprends pas, je comprends pas, et en fait, il me tend un petit panier, et dedans, il y avait des gnocchis, des gnocchis à la tomate, tu vois, et je dis, ben ça a l'air trop bon, et je lui dis, venez, on avance sur le chemin et tout, donc, ben, il y avait genre une petite assiette, enfin, un petit bol, des gnocchis à la tomate, c'était encore un petit peu chaud, une fourchette, tu vois, et vraiment, je me sentais mal de manger ces gnocchis à la tomate, qui étaient d'ailleurs très très bons, tu vois, alors que j'avais dans la poche un truc que j'avais volé, tu vois, et on croise d'autres gars, et ça s'embrouille et tout, il y a d'autres gars qui vont vers l'église, et moi, je mange mes gnocchis, je comprends pas, j'ai la bouche pleine, je vois le temps passer, je vois de temps en temps mon téléphone en mode, putain, j'ai plus que 20 minutes, j'ai plus que 15 minutes et tout, et à un moment, un gars qui allait dans l'église revient, il commence à nous embrouiller, il commence à, genre, parler très fort aux gars, à moi, le gars sympa et à moi, tu vois, je comprends à l'air de ce qu'il parle, tu vois, il commence à s'énerver, et il y a un autre gars qui arrive, il a un fusil, donc le danger commence, tu vois, je commence, qu'est-ce qu'il se passe, l'embrouille, il s'est en train de monter, tu vois, il s'est en train de s'énerver, règlement de compte de clan, et un des gars, genre, il commence à me peloter, et à un moment, il met sa main sur ma poche, où il y a le truc, tu vois, il prend la tige et il l'a dans la main, tu vois, et vraiment, alors là, grosse engueulade, vraiment, il me crie dessus, comme si j'avais tué sa mère, tu vois, et le gars qui m'a offert les gnocchis est en train de faire un petit peu mon av... en fait, c'est compliqué, c'est très chaotique, très confusant, tu vois, mais le gars qui lui a fait les gnocchis, non seulement il est en train de s'expliquer, j'imagine, il est en train de dire pourquoi, oui, il était pas si mauvais, je comprenais pas, j'étais pas sûr, je veux faire des gnocchis, tu vois, il était assez sympa, et il y a un gars, il lève son fusil, et il me tire dessus, il me tire dessus, et j'imagine qu'ils font pas souvent de la chasse, ici, ou je sais pas quoi, mais en gros, c'est le gars des gnocchis qui prend le coup, tu vois, parce que le mec en moi, pas en bouclier, mais en train d'expliquer le truc, tu vois, c'est bon, on est pas en train de se tirer dessus, mais il a volé quelque chose, j'étais pas au courant, tu vois, c'est terrible, tu vois, et l'engueulade vient deux fois plus fort, la femme du gars arrive, elle hurle, genre tout le village arrive, tout le monde est réveillé, c'est le drame, moi, je suis recouvert de sang, le mec, il est mort sur le coup, le gars au fusil, il recharge le fusil, il le pointe sur moi, là, il y a un autre coup de feu, beaucoup plus net qui part, et le coup de feu, il part sur le gars au fusil, le gars au fusil, il recule genre de deux mètres, comme s'il était ultra fort, il lâche son fusil, je sais pas s'il meurt sur le coup, moi, je, je tombe à terre en tremblant, j'ai plus envie de faire quoi que ce soit, je veux juste que si je dois mourir, tu es moi maintenant, tu vois ce que je veux dire, et en plus, je tombe à côté, comme le gars au fusil est tombé, ben, à côté de la tige, tu vois, elle est vraiment à côté de moi, et j'ose pas trop y toucher, et je me dis, tout ça pour une tige de merde, tu vois, que j'aurais pu commander chez n'importe qui, tu vois, la personne qui a tiré, c'est Marie, elle vient d'arriver, et elle a une arme comme un pistolet, tu vois, à la main, et elle tire sur le gars, elle commence à les embrouiller en italien, en mode, je peux tous vous flinguer, voilà, j'hésiterai pas, vous laissez mon pote tranquille, etc., elle crie plus fort que tout le monde, et elle a une autorité dans la voix, mais incroyable, tu vois, et moi elle arrive comme ça, sous la lumière de la lune, pour me sauver, j'ai hyper peur, mais c'est comme un ange, tu vois, c'est fantastique, et elle me dit, vas-y, lève-toi, j'ai du mal, et je me mets à quatre pattes et je trempe, tu vois, elle dit, mais lève-toi, bordel, tu vois, et vraiment, elle a son, il y a peut-être, je sais pas, 17 personnes autour de nous, elle les pointent, un par un, tu vois, il y en a deux ou trois qui sont armés, et vraiment, elle dit, mais vraiment, j'ai aucun problème à tous vous tuer, tu vois, et elle, elle est ultra calme, alors que tout le monde est en panique, tout le monde hurle, et ça fait beaucoup de bruit, tout ça, j'arrive à prendre dans les graviers du sol la tige de merde que je déteste, je la mets dans ma poche, et vraiment, je pleure, je pleure, je suis debout, je pleure, et je suis Marie qui, elle, vraiment, elle a fait ça toute sa vie, elle a son arme, et elle recule tout doucement, tout doucement, vers le quai, et il y a Gennaro, et on rentre dans la barque avec Gennaro, Gennaro, lui aussi se met à hurler parce que je suis recouvert de sang, je me pose dans la barque, et il y a, on part de l'île, alors qu'il y a des grosses vagues et tout, il faut imaginer que Marie, elle est genre, les jambes bien plantées dans le sol de la barque, elle est un peu écartée, les deux mains sur son flingue, le flingue pointée vers le port, au cas où il y aurait un gars qui se ramènerait et le tirerait dessus à vue, moi je suis là, pleuré dans la barque, et Gennaro qui, gueule aussi parce que, qu'est-ce qui s'est passé, c'est dans ces circonstances-là que je suis rentré à Naples, je suis rentré à l'hôtel, j'ai pris une douche, après j'ai repris une douche, j'ai lavé mes vêtements, je les ai essorés, et Marie, elle me dit, tu veux me dire quelque chose sur ce qui s'est passé ?
Et j'ai dit, pas vraiment, elle me dit, dans ce cas-là, moi je te dirai rien, non plus, et demain on rentre à Paris, d'accord ? Je dis, ok, et en fait, dans la nuit, même si on était dans la nuit, en fait assez tôt, enfin assez tôt, parce qu'on s'est couchés à 2h du mat, tu vois, mais en fait à 3h du mat, j'étais en train de rêver d'un mec qui s'était pris une balle, tu vois, et du gars qui était mort devant moi, et en fait, quand j'ai ouvert les yeux, elle était pas dans le lit, et elle était par la fenêtre, et elle avait son arme à la main, et elle regardait par la fenêtre, il y avait des gens qui venaient nous embrouiller, tu vois, et avec cette présence un petit peu rassurante, je me suis rendormi, et j'ai bien dormi, j'ai bien dormi, et on ne sait pas, enfin, il y a quelque chose d'extraordinaire, c'est que on s'est réveillé le lendemain, j'étais avec une meuf qui a une arme, je ne sais pas où est-ce qu'elle l'a trouvée, parce que, je ne sais pas où est-ce qu'elle l'a mise par la suite, parce qu'on ne prend pas une arme dans un avion, tu vois, elle a peut-être utilisé ses jours pour le faire, et je ne sais pas, mais il y a quelque chose d'extraordinaire, c'est que j'ai vu des gens mourir, j'ai vu des gens se tirer dessus, et c'est des choses que je n'oublierai jamais, et qui me marquent vachement, et je n'avais pas demandé ça, et je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, et en fait, le lendemain, la vie a repris, hyper naturellement, je me suis levé, j'ai repris une douche, j'avais sommeil, on a pris un expresso sur le toit, elle m'a dit que c'était une belle journée, et il faisait beau, et qu'il fallait prendre le bus pour aller trouver l'aéroport, et on avait un peu de temps, et dans l'aéroport, on a pris un Starbucks, et elle a pris une petite revue à la con, tu vois, et je ne sais pas, j'ai acheté des Toblerone, tu vois, et on était dans l'avion, et en fait, la vie était ultra normale, alors qu'il y a quelques heures, la vie était complètement dingue, et je suis trouvé ça très perturbant, voilà. On est arrivé à Orly, et elle m'a serré dans ses bras, elle m'a fait un petit bisou, et elle m'a dit, en fait, je crois que t'es super Alexis, et je t'appelle dans quelques jours, d'accord ? J'ai un truc très sympa à te montrer, et autant j'étais hyper content d'avoir cette promesse, ce petit bisou, autant j'ai adoré la pizza marinara, autant j'aurais vraiment bien aimé que ce voyage n'ait jamais eu lieu.
Luna Invicta 58 Dans la nuit, somme toute agréable, Marie a pleuré dans son sommeil. J'ai essayé de la caliner mais elle m'a repoussé dans son sommeil. Comme quoi elle a des trucs à régler, je pense. Et j'ai quand même bien dormi. On va dire, j'ai fait abstraction d'une personne qui souffrait à côté de moi. Je pouvais rien faire. Et je me suis réveillé le matin et là elle n'était plus là. Et je me souvenais qu'une fois, j'avais aussi passé une nuit et elle avait pleuré. Et quand je m'étais réveillé le matin, elle était plus là, elle avait disparu et c'est son truc. Et c'était chaud, c'était dur. Dur à encaisser quoi tu vois. Je me suis fait une raison. Donc je suis allé, j'ai pris une douche, je suis descendu. Il y avait un petit déj mais le gars à la réception, il m'a dit vachement gentiment qu'il y avait un moyen beaucoup plus cool de prendre le petit déj. C'était de monter tout en haut. Au dernier étage. Et effectivement, il y avait... C'est un truc un peu... Je crois que j'avais vécu ça à Rome ou pas. Je me souviens un peu, c'était il y a longtemps. Enfin c'était il y a pas longtemps mais c'était... C'était passé tant de choses depuis. Donc j'ai monté un petit escalier en collimation et avec un cappuccino. Et quand je suis arrivé sur la terrasse, il n'y avait personne sauf une personne, Marie qui était là. Et qu'elle aussi avait terminé son expresso, son cappuccino et qui m'a fait un petit sourire et un petit geste de la main. Et j'étais content de la voir et qu'elle n'était pas partie. Et j'ai fait... Elle m'a dit t'as eu peur que je sois parti. J'ai dit bah ce serait pas la première fois. Elle m'a dit tu aurais fait quoi ? J'ai dit bah rien, j'aurais... J'aurais rien à dire, t'es libre de skewer ce que tu veux. Et elle me dit c'est pas mal ça. Elle me dit c'est bien de laisser de la liberté aux gens. C'est comme ça qu'ils reviennent vers toi. Là je dis bah écoute... C'est bien. Et elle me dit dis-moi le gars à qui tu veux rendre service là. Je le connais. Et c'est pas que je sais pas mentir, mais c'est à chaque fois je me pose la question est-ce que je dois mentir ou pas et... Et donc... Et le gars en l'occurrence il s'est fait une rire. Qu'elle déteste parce que c'est le magicien qui a trouvé son prénom. Donc je vais pas lui dire et comme j'hésite elle dit c'est bon ok d'accord je vois tu vois. Elle voyait pas qui mais elle voyait qu'elle le savait donc elle le saurait un jour. Pourquoi que je pense qu'elle serait loin d'imaginer la réalité d'ailleurs tout ça. Et elle me dit mais tu rends souvent des petits services aux gens comme ça. Alors j'ai dit ouais et j'ai commencé à dire c'est un peu long à t'expliquer mais en gros récemment j'étais à Alzheimer's City pour voir un oncle mais en fait je règle d'un truc pour pour une copine. Elle me dit une copine. Voyez-vous ça le serveur remontait elle a commandé un nouvel expresso et un croissant italien qui sont pas très bons d'ailleurs. Et elle me dit t'as ton permis. La réalité c'est que j'avais pas mon permis mais que j'adorais conduire et j'aurais adoré qu'elle me confie un truc à base de conduite. Et j'ai un peu financé. Et j'ai dit non seulement je sais conduire mais je pense que je suis un des meilleurs conducteurs qui existent. Ce qui n'est pas un mensonge tu vois mais elle est trop intelligente pour comprendre pour comprendre les trucs tu vois donc j'essayais de mentir j'avais de mon mieux. On a on va dire gaiement déjeuner puis après on est descendu vers le port. Donc la ville avec des petites rues étroites, tortueuses, parfois droites, des boutiques. Ce moment dans les villes italiennes touristiques quand il fait suffisamment tôt, le décor touristique n'est pas encore placé. C'est à dire les magasins sont pas encore ouverts, les gens sont pas encore prêts. Il y a une espèce de ville qui s'anime, qui se réveille et qui dit non on ne regardait pas le décor on est en train de tout mettre en place. Bon ils s'en foutent complètement mais il y a cette idée là tu vois de mise en place du théâtre. Effectivement les touristes du monde entier sont encore en train de prendre leur petit déjeuner mais nous il était tôt. Et les rues se sont ouvertes de plus en plus, elles sont illuminées de plus en plus, jusqu'à ce qu'on arrive à une espèce de carré portuaire où il y avait vraiment tout type de bateaux, des grands voiliers de tourisme, souvent qui étaient d'ailleurs ancrés à quelques distances, des ferries, des bateaux de croisière et bien entendu les innombrables bateaux des gens locaux, que ce soit des petits voiliers, des petites barques à moteur mais aussi des pêcheurs qui vendaient d'ailleurs le produit de leur pêche juste devant leur bateau et c'était derrière même s'il était plutôt tôt, c'était d'ailleurs un petit peu tard pour choper des poissons et je la vois avec son italien incroyable, fluide quoi, à parler avec les gens et à me trouver quelqu'un qui voudrait bien m'emmener à Altabianca. Et c'est intéressant parce que je ne parle pas l'italien même si l'italien c'est un peu genre la voiture au écassat tu vois, pour dire la voiture n'est pas en marche mais tu vois c'est un peu ça l'italien, et donc la recherche de quelqu'un pour m'emmener à Altabianca ça a été galère. Il y a des gens qui disaient je suis pas au courant ou comment t'es au courant, non j'irai pas, c'est des connards, c'est combien, non c'est pas assez bien, et on avait pris un petit budget pour faire une traversée, on savait pas où était l'île, de 80 euros et finalement on a trouvé un certain Gennaro, qui est un vieux bonhomme, qui a dit moi je les aime pas mais je serais pas contre un peu d'argent, je suis un peu à court, et qui nous a demandé pas moins de 150 euros pour faire un aller et un retour, c'est à dire en fait il fait l'aller il me dépose là bas, et ensuite il reviendrait me chercher sur les coups de 18 heures. Alors Marie elle était un peu curieuse, et je lui ai dit écoute en vrai ça a pas l'air d'être très touristique et très accueillant, mais elle dit t'as raison, et je vais faire, elle m'a dit je vais visiter un petit peu la ville, peut-être les musées, peut-être un peu de magasins, peut-être quelques glaces, et pendant que toi tu vas être sur ton île nulle, et on se retrouve ce soir ici à 18 heures. Et donc je suis parti avec Gennaro, qui pensait que je parlais parfaitement italien, donc il a raconté plein de trucs en italien, heureusement il y avait les embruns, et il avait une petite barque bleue, on va dire qu'il remontait sur les deux côtés anciennes avec un moteur, mais le moteur était dans la barque, c'est-à-dire qu'il y avait un moteur qui était dans la barque, c'était un moteur qui était au milieu de la barque et qui passait sous la barque d'une certaine façon, et qui allait assez vite. Il y avait une petite houle, voire même, vous savez la houle c'est des vagues qui sont un peu douces comme des collines, et là c'était un peu plus énervé, c'est la houle plus plus, où les vagues ne ressemblaient pas à des collines, mais plutôt à des pics écumeux, et on avançait à la 4ème, et là on a vu qu'il y avait des vagues, à des pics écumeux, et on avançait à la cape, c'est-à-dire à 90 degrés entre les vagues, l'eau de la mer en Italie est absolument magnifique, alors évidemment près de la ville parfois c'est un petit peu ténébreux, pollué, mais dès qu'on est à 200, 300, 400 mètres, 1 km, ça devient un bleu acier profond, magnifique, le ciel est magnifique, les nuages sont blancs, il y a des mouettes qui nous suivent, des petits poissons qui sautent par-dessus une vague, vraiment c'est merveilleux, il ne manque plus que les dauphins, et la Méditerranée c'est vraiment un endroit merveilleux, que j'avais visité de l'intérieur, en Libye, et finalement on s'éloigne de Capri, on s'éloigne d'Ischia, et il y a un petit rocher au loin à l'horizon, Gennaro me dit sans ambiguïté, ben là c'est la Alta Bianca, regarde c'est là, et on y va, et cette île qui n'existe pas sur les cartes prend forme, prend forme comme un tableau ancien, avec des cyprés, une île un peu symétrique, un petit village au milieu, une sorte de paysage figé dans le temps, voire même peut-être ici et là une petite colonne blanche à moitié écoulée d'un temple, des champs de blé, qui sont moissonnés, mais dont les petites pointes sont courbées un petit peu sous le vent, et on n'est pas dans les 5 terres, mais ces espèces d'immeubles, maisons à plusieurs étages, qui sont sur le bord de mer, très droites, parfois colorées, et à vue de nez, sur Alta Bianca il y a un petit village, il y a 50 habitants, je suis allé voir avec un quai de pierre, un seul quai avec quelques petits bateaux, qui sont dans le style de Gennaro, et il me dépose sur le quai, je lui dis merci, merci, et il me dit quelque chose qui doit être, je te rejoins à 18h, et j'arrive sur le village d'Alta Bianca, et là il y a un choc, et je comprends en fait le problème d'Alta Bianca, le fait que, donc il y a un choc, c'est que je ne suis pas dans une ville moderne, où il n'y a pas d'électricité, je ne vois pas, alors il y a une fontaine, il y a l'eau courante, mais il n'y a pas de poteaux électriques, et il n'y a pas de réverbères, il n'y a pas de panneaux, il n'y a pas de routes goudronnées, on est perdu dans un petit village, tel qu'il y en a plein dans le monde, la majorité des villages sont comme ça, mais en Europe, je ne sais pas si il y a des villages sans électricité, ils n'ont pas de frigo, c'est un peu étrange, et il y a des gens, ils me regardent comme si j'étais un éléphant au milieu des Champs Élysées, je sens vraiment, étonné, outré, que je sois là, il n'y a pas de touristes, et il y a même un vieux qui passe, et commence à me parler, autant je ne comprends pas l'italien, autant je suis certain qu'il ne parle même pas en italien, il parle dans une sorte de dialecte, j'imagine le corse de l'italien, le corse du français, c'est déjà pas compréhensible, c'est un peu mort, pourtant on n'était pas loin, je voyais la côte, je voyais Naples, loin, une petite pointe noire à l'horizon, et j'avais l'impression d'être dans un autre pays, autre règle, je massais sur un banc, pour regarder ce qu'il y a autour de moi, pour comprendre, parce que j'étais là pour chercher une église, et prendre un truc sur l'hôtel de l'église, déjà, vu l'ambiance du lieu, je me dis, il faut que si je dois prendre un truc, je le prendrais à 17h55, parce que sinon ils vont m'étriper sur place, mais gros problème, il n'y a pas d'église, il n'y a pas d'église, et quand les heures passent, ça ne sonne pas, ding ding, tu vois, il faut que je me fasse des amis, et c'est une mission impossible, même à un moment, il y a trois petits vieux qui viennent, la population n'est pas mega jeune, ils me délogent de mon banc, ils disent, c'est notre place, ils m'approchent à côté, et les heures passent, et je vois des jeunes, je vois des filles, qui jouent avec une espèce de balle, c'est comme un ballon de foot, mais c'est en cuir, c'est un ballon qui date des années 60, vous voyez, j'entends, et c'est marrant parce que c'est des filles qui jouent au foot, on pourrait penser que c'est des garçons, et je me souviens d'un texte que j'avais lu il y a très longtemps, durant ma période un petit peu comateuse, parce que je lisais beaucoup de textes sur l'Antiquité, mes parents ils aimaient beaucoup ça, l'histoire antique, et à l'époque, au temps des Grecs, les garçons ils étaient au gymnase, ils faisaient de la lutte et tout, et les filles jouaient plutôt au ballon, c'est marrant parce qu'aujourd'hui le ballon de foot, c'est plutôt un sport vu pour des garçons, en tout cas au moment où je vous parle, peut-être dans 10 ans ça va changer, et j'ai un peu faim vers midi, et en fait je me dis, est-ce qu'ils prennent les euros ? Donc je rentre dans la boulangerie, je fais la queue, et là vraiment les gens me regardent, comme si j'étais un tueur, un mec vraiment indésirable, et je m'aperçois qu'il n'y a pas d'argent, c'est-à-dire que le mec il vient, il parle en italien corse, et la personne lui donne un pain, un pain rond, et le mec se casse, il n'a pas payé rien, il n'y a pas de casse enregistreuse, rien, et en fait quand j'arrive devant le comptoir, il n'y a que du pain, il n'y a pas d'écroissants, rien, il y a un gros pain ou un petit pain, je montre un petit pain, et il me dit non, du coup je n'ai pas le droit au pain, donc je reviens dehors, je ne suis pas à mourir de faim, j'aime bien meilleurs manger, et c'est un peu triste, de la boulangerie sans rien à manger, il y a quelques coupes, quelques enfants qui m'ont vu et qui ont dit quand même, on ne le traite pas bien ce monsieur, j'ai senti un petit peu d'empathie, mais pas suffisamment, pour qu'il y en a qui me donnent un peu de pain, et j'ai commencé à faire un tour de l'île, donc l'île, je pense que si j'avais eu 2 jours, j'aurais pu en faire le tour à pied, et aussi depuis le village, qui en fait, le village il était sur une sorte de petite falaise, à 5-10 mètres de hauteur, donc le quai, une fois qu'on était au quai, on montait un petit escalier très mignon, et là ensuite, l'île elle descendait devant nous, jusqu'à ce qu'il y ait une sorte de formation rocheuse au loin, plein ouest, qui était je pense les limites de l'île, et il y avait, depuis cette formation rocheuse d'ailleurs, une sorte de source qui tombait, qui a eu un petit filet d'eau qui allait jusqu'au village, qui était creusée, qui passait sous terre du village, donc il y avait une sorte de puits où les gens donnaient, et puis qui sortaient jusque dans la mer, non loin du quai d'ailleurs, et donc j'avais une vue sur 60% de l'île, depuis le village, surtout depuis un petit promontoire, où les gens se rencontraient parfois, et je voyais des champs cultivés, je voyais des petits bosquets, je voyais un petit temple à moitié écroulé dans un coin limite, on avait déplacé les colonnes parce qu'il gênait la culture, et en vrai, rien d'autre. Dans le doute, je vais aller voir le petit temple écroulé, des colonnes blanches, recouvertes à moitié de terre, au sol, la tête tombée d'une Vénus de Milo, oubliée j'imagine, je sais pas, je pense que c'est une tête de statue qui doit avoir de la valeur, mais ils sont ailleurs ces gens là, et depuis le temple, je vois pas grand chose d'autre, la source tombe en cascade à quelques distances, et en fait, je reviens, et quand je reviens, il y avait un petit bout de pain sur le banc, donc il y avait au moins quelqu'un qui a eu un petit peu de compassion pour moi, donc je mange le bout de pain, petit bout par petit bout, tout est en sein, et c'était un pain ancien, c'est-à-dire il était un peu plus dur, il avait un goût profond de céréales, mais il était pas du tout sucré, il était même entre amer et salé, je le mâche, parce que c'est un sacré boulot de manger ce pain là, mais au moins il me nourrissait bien, et il se passe quelque chose, c'est que j'entends des cloches, j'entends les cloches, ding dong, ding dong, et les gens commencent à sortir de leur maison et d'avancer doucement sur un chemin qui va à travers les champs, et là je me dis, ça y est, c'est l'église, mais je me voyais pas rentrer dans l'église avec eux, donc je les regarde passer, et j'essaye surtout, là j'avais compris que j'étais un peu rejeté, j'essaye de disparaître, je me mets les épaules bas, je bouge pas, j'ai mon bout de pain, sois content d'avoir ton bout de pain et que tu te tires pas dessus à coups de fusil. C'était pas un lieu déserté par la technologie parce qu'il y avait un ou deux gamins qui avaient des t-shirts, notamment les filles, des clips de foot, modernes, et j'entendais parfois dans une maison une radio, donc ils avaient une forme qui avait une permeabilité, parce que de temps en temps ils allaient à nappe, et aussi j'avais remarqué que c'était un peu trois, quatre familles, pas plus, tu vois. Il y avait une famille un petit peu isolée qui était en dehors du gros du village qui vivait dans une petite ferme, et je me dis, bah, regardons où ils vont, mais là, ça sonne aussi, c'est mon alarme qui sonne, en fait il était 17h45, c'est-à-dire qu'il fallait que j'aille sur le quai parce qu'on allait venir me chercher, et effectivement, quand je suis arrivé, enfin je suis allé sur le quai, j'ai regardé à peu près la direction où ils allaient, mais je pouvais pas dire. Je suis allé sur le quai, et là Gennaro était en train d'arriver, donc ponctuel, nickel. Je remonte sur le petit bateau, Gennaro, il me dit des trucs, mais je comprends rien, mais il se moque un peu de moi, il voit qu'en fait j'ai pas passé une bonne journée, et effectivement, Marie m'attend sur le quai, et j'ai vraiment une mine, vraiment terrible, je lui ai dit avant toute chose, il faut que je mange, parce que j'ai mangé juste un footpain sur cette île de merde, donc on est allé se manger une autre pizza, et cette fois-ci, j'ai pris une pizza Margherita, et elle m'a parlé d'une glace au citron qu'elle a mangé, qui était absolument délicieuse, elle m'a fait très envie, alors j'ai dit, juste après on prend la glace au citron, entre ces pizzas et ces glaces au citron, je lui ai parlé de mes malheurs, et elle dit, mais t'es venu chercher quoi ? et j'ai dit, bah il y a une sorte d'église, et il faut que je ramène un objet, elle me dit, tu vas voler un objet ? j'ai dit, alors je pensais pas que ça va être un vol, mais vu l'amabilité des gens, ils vont certainement le prendre comme ça, et elle me dit, t'as pas peur ? et j'ai dit, ouais j'ai peur, et mais tu vas le faire ? j'ai dit, il faut que j'y réfléchisse, et il fallait que j'y réfléchisse un petit peu, et la nuit, on a bien mangé, on a rigolé, on s'est baladé un petit peu, on a pris des selfies, j'ai un compte Instagram maintenant, mais je ne vais pas, parce que ça me déprime de voir des gens qui m'insultent, c'était un peu dur, on a repassé une nuit qui allait, Marie a encore pleuré dans la nuit, j'ai peur qu'elle pleure toutes les nuits, j'en ai pas parlé quand même, parce que j'étais content, on avait trouvé un mode de fonctionnement qui allait bien, on s'est levé tôt, et elle m'a dit, c'est quoi ton plan ? j'ai dit, je vais acheter un ballon de foot, parce qu'il y a des jeunes, ils aiment le foot, et ils ont un ballon de merde, et je pense que je vais acheter une tente, et de quoi camper là-bas, et surtout, putain, je vais prendre des barres énergétiques, la bouffe, n'importe quoi, des boîtes de conserve, je sais que je ne suis pas autonome là-bas, et elle me dit, t'as pas peur de jamais revenir ? je lui ai dit, si je ne reviens pas, je t'appelle la police, elle me dit, t'as pas peur, je lui ai dit, ça va, on est en Europe, il y a des coins de l'Italie, c'est compliqué, c'est comme il y a des coins en France, c'est compliqué, et je lui ai dit, toi tu vas faire quoi ? j'ai toujours à m'occuper, figure-toi, mais aujourd'hui, je pense que je vais aller sur la plage, me baigner, et t'attendre à 18h, et que tu reviennes avec ta petite mine défaite, en disant, j'ai pas réussi encore, et puis bon, de toute façon ton billet de retour il est demain, c'est ça ? j'ai dit, ouais, c'était vrai que c'était mon dernier jour, donc j'avais un ballon sous le bras, une énorme tente, une grosse tente de 2 secondes, j'avais dépensé toute ma thune, je pensais que je reviendrais, je reviendrais avec un petit bénéfice, mais pas du tout, j'ai laissé ici un peu d'argent à ma chère Marie, qui m'a renego avec Gennaro, qui était très content lui de se faire 150 balles par jour, et il attendait même le troisième jour je pense, et on retourne, balade merveilleuse, et ça papote, et quand je reviens avec ma tente, heureusement, je crois qu'ils ne savent pas ce que j'avais dans la main, j'ai une sorte de gros sac plat, circulaire, ils ne se doutaient pas trop de ce que c'était, mais au moins, ils voyaient que, un, je ne disais pas grand-chose, je ne demandais rien, j'acceptais les règles, j'étais pacifique, je n'allais pas les faire chier, ils vont peut-être se dire, ah c'est un ornithologue et tout, et j'ai décidé de me trouver un petit endroit tranquille sachant que j'avais demandé, j'avais négo, parce que je savais que je pouvais y aller à 6 heures, parce que je me suis dit, si ça se trouve, je ne trouverais jamais à l'église, donc, j'avais dit à Gennaro, tu viens à 6 heures, et si je ne suis pas là, tu reviens à minuit, et il a fallu négo, mais de ouf, avec lui, parce qu'il ne voulait pas aller dans la nuit, c'était dangereux, on ne sait pas, et en plus, minuit, ça veut dire quoi ? je vais transporter des cadavres et tout, et là, tout le reste de ma thune c'est parti, je ne sais pas, peut-être 300 euros, j'ai dit, je n'ai plus rien, mon gars, c'est terminé, je suis à sac, ok ? c'est terminé, je n'ai même pas de quoi payer une glace demain, ok ? donc, c'est comme ça qu'on a négo, et j'ai posé ma tente à l'ombre des colonnes, qui était à moitié enfouie dans une sorte de terrain vague, et j'ai un petit peu attendu dans ma tente, et j'adore là, j'adore le camping, je dois vous dire quelque chose, j'ai pas pratiqué beaucoup, mais ce côté, t'as ton petit univers qui tient sur un mètre carré, et tout ce qu'il faut pour ta vie, ça tient sur un mètre carré, c'est ultra rassurant, c'est-à-dire que dans la vie, souvent, le discours de la société, ça va être, il faut avoir un métier, il faut avoir beaucoup d'argent, il faut acheter plein de choses, il faut avoir tellement de choses qu'il faut plusieurs pièces dans la maison, il faut plein d'objets qui prennent de la place, plein de vêtements, il faut jeter ses vêtements et remettre, et tout d'un coup, en fait, le camping, ça te remet dans une dimension où t'as, genre, 2 mètres carrés autour de toi, dans 2 mètres carrés, t'as toute ta vie, toute ta bouffe, toutes tes vêtements, toutes tes médicaments, tout est là, tu vois. Et en vrai, tu peux tout empacter dans un sac, le mettre sur ton dos, et te balader, et t'as tout ce qu'il y a besoin pour vivre, sur toi. C'est libérateur, c'est vraiment révolutionnaire, au sens de la révolution, on se bat dans la rue et on dit, on en peut plus de Macron, tu vois, c'est vraiment fantastique. Et puis à ce moment, on va dire, d'intimité avec moi-même, qui était vraiment très agréable, au moment où, en fait, avant de partir, dans le... me poser ma tante, j'ai évidemment lancé le ballon auprès des jeunes, des jeunes enfants, enfin, il y avait 3 filles et un garçon, et en fait, ils étaient ultra contents, c'était Noël pour eux, genre je ne pouvais pas faire le plus beau cadeau pour eux, à tel point, que j'ai spoté les parents, qui ne savaient pas trop comment réagir, parce que à la fois, c'était un peu, je les achetais et c'était pas faux, mais en fait, en vrai, je voulais vraiment leur faire plaisir, et à la fois, ils ont été tellement heureux d'avoir un beau ballon blanc et noir, là, vraiment, comme il y a, j'imagine, dans leur iconographie de foot, mais vraiment, c'était tellement extraordinaire pour eux, qu'ils n'ont pas pu dire à leurs enfants, non, c'est le cadeau d'un gars qu'on n'aime pas, tu vois, et finalement, ils m'avaient donné un petit bout de pain et je leur ai donné un ballon, et en vrai, un ballon, c'est pas très cher, tu vois, mais c'était montrer que je payais mes dettes et j'étais généreux, tu vois, je faisais tout, j'ai compris, je serais jamais dans votre clan, mais au moins, je suis pas là pour vous faire chier, je suis là pour vous faire plaisir. Donc, j'ai posé ma tente, je me suis reposé un petit peu, parce que c'était pas la peine de se presser et je voulais aussi qu'ils m'oublient, que je ne sois plus un problème, tu vois, et j'entendais les cris de joie des enfants de temps en temps, et j'ai commencé, enfin, j'ai pris mes petites barres nutritives, ma petite gourde, et j'ai commencé à arpenter l'île, qui doit pas être gigantesque, tu vois, et je vais trouver cette église, parce que c'est une église quand même, c'est une cloche et tout, et l'île, enfin, il n'y a pas de lieu caché dans l'île, tout est accessible, et je ne vois pas d'église, comme si elle était invisible, tu vois, il y a une église quelque part, mais je la vois pas, elle me crève les yeux, mais je la vois pas, tu vois, je tourne, je passe un petit pont de pierre au-dessus de la micro rivière, tu vois, je traverse des champs, je vais dans le petit bois, mais le petit bois, il est, enfin, il n'y a même pas caché une église dedans, tu vois, j'essaie de voir entre deux grandes formations rocheuses, mais je vois que la mer, c'est-à-dire que de l'autre côté, il y a la mer, tu vois, je retiens pas une anfractuosité, une grotte, etc., je trouve pas d'église, c'est mort, tu vois, et je retourne dans ma tente, je vais bouclier un peu, parce qu'il est genre 17h, Gennaro va venir, et ben, c'est bien, parce qu'il y a des gens, ils vont croire peut-être que je suis parti avec lui, tu vois, ça c'est super, mais en fait, je vais rester dans ma tente, et je vais attendre que ça passe. 18h sonne, et j'entends l'église, qui sonne, donc, discrètement, déjà, je repère le son, tu vois, et discrètement, j'avance, et genre, j'avance, genre, je me cache derrière les trons d'arbres, etc., et les gens regardent pas trop dans ma direction, donc, a priori, je suis pas trop remarqué, mais on sait jamais, tu vois, et je vois des petites processions, les gens deux par deux, par famille, et tout, les enfants étaient là avec le ballon, encore, et il y en avait une qui le portait sous le bras, et ils étaient deux, trois, tu vois, à se le chamailler, de temps en temps, et effectivement, ils suivent un chemin, et ce chemin longe la rivière, remonte, remonte jusqu'au moment où la source fait une petite cascade, et comme dans les jeux vidéo, comme dans les dessins animés, comme dans les romans d'aventure, en fait, ils y passent derrière la cascade, mais genre, pas en la traversant, c'est un chemin qui contourne, en fait, et il y a effectivement une petite entrée, et c'est une église qui est trop glodite, creusée dans la roche, tu vois, que j'aurais pas pu trouver qu'un peu cachée. Je me dis que c'est pas le moment de les suivre, je rentre tranquillement dans ma tente, et j'attends, j'attends, j'ai jusqu'à minuit, tu vois, et je calcule, je dis, allez, comme ça, j'ai une heure de rab, donc à 11 heures, je vais voir Gennaro, tu vois, enfin, je vais sur le quai, il me faut une demi-heure pour aller sur le quai, il me faut une demi-heure pour aller, voilà, c'est un rétro-planning un petit peu, et je mets toujours beaucoup de marge, et à un moment, la nuit est bien tombée, le silence est vraiment total, il y a quelques oiseaux de mer qui piaillent, tu vois, il y a effectivement les vagues qu'on entend loin, la rivière, les insectes de nuit, le vent, mais en vrai, genre, ils ont fait leur prière, ils sont mangés, ils se sont couchés, trop bien. Je rebonte le chemin, je passe vers la cascade, j'ai alors tout le chemin extérieur, je le fais avec la lumière des étoiles et de la lune, et ça marche très très bien quand t'as les pupilles très dilatées, tu vois, au bout d'un moment, quand tu t'es fait au noir, et je rentre dans cette église Trouglodite, qui est une église romane, taillée dans la roche, c'est pas des piliers, mais par contre, ça a les proportions d'une église romane, donc assez ramassée, il y a des vitraux, il y a un hôtel, c'est assez primitif, et le vitrail est assez surprenant, parce qu'on voit des loups qui hurlent à la lune, donc un poster de John Hallyday avec des huskies, mais en vitrail, donc j'exagère, mais c'est très primitif, tu vois, et il y a marqué Fenrir, tu vois, Fenrir, et en dessous, il y a marqué un mot latin, que je vais traduire avec Tchaatjpt, qui veut dire le chasseur, Fenrir le chasseur, waouh ! Et donc le loup, c'est très mystérieux, et je retrouve quand même le style que j'ai vu à la fois au Caire et à la fois à Paris, de ces églises un petit peu primitives ramassées, où il y avait des vitraux un petit peu païens, un petit peu étranges. Effectivement, sur l'hôtel, donc il y a une grande croix, très ornée, presque en gothique flamboyant, en or, et sur l'hôtel, il y a, entre autres, il y a des petits colis fichés, il y a une sorte de reliquaire, des restes d'un saint, j'imagine, mais il y a ce que je cherche, c'est-à-dire il y a un petit support, et il y a une baguette, on va dire de 2, 3 cm de large, et de 20, 95, 30 cm de long, peut-être 20 cm, tu vois. Très lourde, je la soulève, et vraiment, c'est du fer lourd, tu vois, du plomb, je sais pas, peut-être il y a de l'or dedans. En tout cas, c'est très dense, et c'est exactement la description du truc. Je la soulève, elle est lourde, je la repose, et là, je masse sur un banc et je réfléchis. Donc, j'ai ma lampe torche, tu vois, je l'éteins et je réfléchis. Et je me dis, je me dis, en fait, ça leur appartient, c'est vachement important, pourquoi je le volerais ? Fenrir, il a dit que c'était à lui, et c'est vrai qu'il y a marqué Fenrir, mais c'est peut-être une coïncidence, tu vois, je sais pas, peut-être que depuis le début il me prépare à ça, et son nom c'est pas Fenrir, il me casse les couilles, tu vois, et je me sentais pas du tout de faire ça, pour deux raisons, une raison altruiste qui est, j'ai pas envie de voler ces gens, et une raison plus humaine et bêta et faible, que, en fait, j'avais peur qu'il s'énerve contre moi et qu'il me tue, tu vois, et j'étais très, je vais pas le faire, et en fait, le temps passait, le moment où je devais rentrer s'approchait, et en fait, à un moment, j'avais même plus le temps de rentrer à ma tente et de repartir parce que j'aurais pas eu le temps, donc il fallait que je cours, tu vois, et je me suis dit, et en fait, je sais pas, je me suis levé, je l'ai pris, et j'ai dit, et tu sais quoi, je serais pas venu pour rien, j'ai pas envie de rentrer, j'avais l'impression que j'allais me faire juger, tu vois, et j'avais une pression invisible, tu vois, et j'ai dit, je le fais, il m'a dit que je le ferais, donc je le fais, tu vois, ça me semblait, en fait, depuis le début, il m'a parlé, il m'a dit, il y a une île, alors qu'il n'y avait pas d'île, et finalement, il y a une île, je voulais pas le faire, et finalement, je l'ai fait, tu vois, ce côté, c'était un prophète qui disait les choses et ça les rendait vrais, tu vois, et donc, je me lève, je réfléchis pas, tu vois, je me dis, si tu réfléchis, t'es foutu, je le prends, je le mets quelque part dans une poche suffisamment longue, tu vois, et je commence à, je sors, et là, je vois une eau plantorche d'un gars qui venait non pas du village, mais il venait de l'endroit où était ma tante, et il m'avait vu, donc, il vient vers moi, et en fait, c'était le père d'une des filles qui a eu le ballon, tu vois, il commence à me parler, je comprends pas, je comprends pas, et en fait, il me tend un petit panier, et dedans, il y avait des gnocchis, des gnocchis à la tomate, tu vois, et je dis, ben ça a l'air trop bon, et je lui dis, venez, on avance sur le chemin et tout, donc, ben, il y avait genre une petite assiette, enfin, un petit bol, des gnocchis à la tomate, c'était encore un petit peu chaud, une fourchette, tu vois, et vraiment, je me sentais mal de manger ces gnocchis à la tomate, qui étaient d'ailleurs très très bons, tu vois, alors que j'avais dans la poche un truc que j'avais volé, tu vois, et on croise d'autres gars, et ça s'embrouille et tout, il y a d'autres gars qui vont vers l'église, et moi, je mange mes gnocchis, je comprends pas, j'ai la bouche pleine, je vois le temps passer, je vois de temps en temps mon téléphone en mode, putain, j'ai plus que 20 minutes, j'ai plus que 15 minutes et tout, et à un moment, un gars qui allait dans l'église revient, il commence à nous embrouiller, il commence à, genre, parler très fort aux gars, à moi, le gars sympa et à moi, tu vois, je comprends à l'air de ce qu'il parle, tu vois, il commence à s'énerver, et il y a un autre gars qui arrive, il a un fusil, donc le danger commence, tu vois, je commence, qu'est-ce qu'il se passe, l'embrouille, il s'est en train de monter, tu vois, il s'est en train de s'énerver, règlement de compte de clan, et un des gars, genre, il commence à me peloter, et à un moment, il met sa main sur ma poche, où il y a le truc, tu vois, il prend la tige et il l'a dans la main, tu vois, et vraiment, alors là, grosse engueulade, vraiment, il me crie dessus, comme si j'avais tué sa mère, tu vois, et le gars qui m'a offert les gnocchis est en train de faire un petit peu mon av... en fait, c'est compliqué, c'est très chaotique, très confusant, tu vois, mais le gars qui lui a fait les gnocchis, non seulement il est en train de s'expliquer, j'imagine, il est en train de dire pourquoi, oui, il était pas si mauvais, je comprenais pas, j'étais pas sûr, je veux faire des gnocchis, tu vois, il était assez sympa, et il y a un gars, il lève son fusil, et il me tire dessus, il me tire dessus, et j'imagine qu'ils font pas souvent de la chasse, ici, ou je sais pas quoi, mais en gros, c'est le gars des gnocchis qui prend le coup, tu vois, parce que le mec en moi, pas en bouclier, mais en train d'expliquer le truc, tu vois, c'est bon, on est pas en train de se tirer dessus, mais il a volé quelque chose, j'étais pas au courant, tu vois, c'est terrible, tu vois, et l'engueulade vient deux fois plus fort, la femme du gars arrive, elle hurle, genre tout le village arrive, tout le monde est réveillé, c'est le drame, moi, je suis recouvert de sang, le mec, il est mort sur le coup, le gars au fusil, il recharge le fusil, il le pointe sur moi, là, il y a un autre coup de feu, beaucoup plus net qui part, et le coup de feu, il part sur le gars au fusil, le gars au fusil, il recule genre de deux mètres, comme s'il était ultra fort, il lâche son fusil, je sais pas s'il meurt sur le coup, moi, je, je tombe à terre en tremblant, j'ai plus envie de faire quoi que ce soit, je veux juste que si je dois mourir, tu es moi maintenant, tu vois ce que je veux dire, et en plus, je tombe à côté, comme le gars au fusil est tombé, ben, à côté de la tige, tu vois, elle est vraiment à côté de moi, et j'ose pas trop y toucher, et je me dis, tout ça pour une tige de merde, tu vois, que j'aurais pu commander chez n'importe qui, tu vois, la personne qui a tiré, c'est Marie, elle vient d'arriver, et elle a une arme comme un pistolet, tu vois, à la main, et elle tire sur le gars, elle commence à les embrouiller en italien, en mode, je peux tous vous flinguer, voilà, j'hésiterai pas, vous laissez mon pote tranquille, etc., elle crie plus fort que tout le monde, et elle a une autorité dans la voix, mais incroyable, tu vois, et moi elle arrive comme ça, sous la lumière de la lune, pour me sauver, j'ai hyper peur, mais c'est comme un ange, tu vois, c'est fantastique, et elle me dit, vas-y, lève-toi, j'ai du mal, et je me mets à quatre pattes et je trempe, tu vois, elle dit, mais lève-toi, bordel, tu vois, et vraiment, elle a son, il y a peut-être, je sais pas, 17 personnes autour de nous, elle les pointent, un par un, tu vois, il y en a deux ou trois qui sont armés, et vraiment, elle dit, mais vraiment, j'ai aucun problème à tous vous tuer, tu vois, et elle, elle est ultra calme, alors que tout le monde est en panique, tout le monde hurle, et ça fait beaucoup de bruit, tout ça, j'arrive à prendre dans les graviers du sol la tige de merde que je déteste, je la mets dans ma poche, et vraiment, je pleure, je pleure, je suis debout, je pleure, et je suis Marie qui, elle, vraiment, elle a fait ça toute sa vie, elle a son arme, et elle recule tout doucement, tout doucement, vers le quai, et il y a Gennaro, et on rentre dans la barque avec Gennaro, Gennaro, lui aussi se met à hurler parce que je suis recouvert de sang, je me pose dans la barque, et il y a, on part de l'île, alors qu'il y a des grosses vagues et tout, il faut imaginer que Marie, elle est genre, les jambes bien plantées dans le sol de la barque, elle est un peu écartée, les deux mains sur son flingue, le flingue pointée vers le port, au cas où il y aurait un gars qui se ramènerait et le tirerait dessus à vue, moi je suis là, pleuré dans la barque, et Gennaro qui, gueule aussi parce que, qu'est-ce qui s'est passé, c'est dans ces circonstances-là que je suis rentré à Naples, je suis rentré à l'hôtel, j'ai pris une douche, après j'ai repris une douche, j'ai lavé mes vêtements, je les ai essorés, et Marie, elle me dit, tu veux me dire quelque chose sur ce qui s'est passé ? Et j'ai dit, pas vraiment, elle me dit, dans ce cas-là, moi je te dirai rien, non plus, et demain on rentre à Paris, d'accord ? Je dis, ok, et en fait, dans la nuit, même si on était dans la nuit, en fait assez tôt, enfin assez tôt, parce qu'on s'est couchés à 2h du mat, tu vois, mais en fait à 3h du mat, j'étais en train de rêver d'un mec qui s'était pris une balle, tu vois, et du gars qui était mort devant moi, et en fait, quand j'ai ouvert les yeux, elle était pas dans le lit, et elle était par la fenêtre, et elle avait son arme à la main, et elle regardait par la fenêtre, il y avait des gens qui venaient nous embrouiller, tu vois, et avec cette présence un petit peu rassurante, je me suis rendormi, et j'ai bien dormi, j'ai bien dormi, et on ne sait pas, enfin, il y a quelque chose d'extraordinaire, c'est que on s'est réveillé le lendemain, j'étais avec une meuf qui a une arme, je ne sais pas où est-ce qu'elle l'a trouvée, parce que, je ne sais pas où est-ce qu'elle l'a mise par la suite, parce qu'on ne prend pas une arme dans un avion, tu vois, elle a peut-être utilisé ses jours pour le faire, et je ne sais pas, mais il y a quelque chose d'extraordinaire, c'est que j'ai vu des gens mourir, j'ai vu des gens se tirer dessus, et c'est des choses que je n'oublierai jamais, et qui me marquent vachement, et je n'avais pas demandé ça, et je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, et en fait, le lendemain, la vie a repris, hyper naturellement, je me suis levé, j'ai repris une douche, j'avais sommeil, on a pris un expresso sur le toit, elle m'a dit que c'était une belle journée, et il faisait beau, et qu'il fallait prendre le bus pour aller trouver l'aéroport, et on avait un peu de temps, et dans l'aéroport, on a pris un Starbucks, et elle a pris une petite revue à la con, tu vois, et je ne sais pas, j'ai acheté des Toblerone, tu vois, et on était dans l'avion, et en fait, la vie était ultra normale, alors qu'il y a quelques heures, la vie était complètement dingue, et je suis trouvé ça très perturbant, voilà. On est arrivé à Orly, et elle m'a serré dans ses bras, elle m'a fait un petit bisou, et elle m'a dit, en fait, je crois que t'es super Alexis, et je t'appelle dans quelques jours, d'accord ? J'ai un truc très sympa à te montrer, et autant j'étais hyper content d'avoir cette promesse, ce petit bisou, autant j'ai adoré la pizza marinara, autant j'aurais vraiment bien aimé que ce voyage n'ait jamais eu lieu.